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III.
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LE RHIN .

de Louis XV . L’architecture du dix-huitième siècle, quandelle est riche, finit par racheter son mauvais goût. Sa fan-taisie végète et s’épanouit au sommet des édifices en buis-sons de fleurs si extravagantes et si touffues, que toutecolère s’en va et qu’on s’y acoquine. Dans les climatschauds, à Lisbonne , par exemple, qui est aussi une villerococo, il semble que le soleil ait agi sur cette végétationde pierre comme sur l’autre végétation. On dirait qu’unesève a circulé dans le granit; elle s’y est gonflée, s’y estfait jour et jette de toutes parts de prodigieuses branchesd’arabesques qui se dressent enflées vers le ciel. Sur lescouvents, sur les palais, sur les églises, l’ornement jaillitde partout, à tout propos, avec ou sans prétexte. Il n’y apas à Lisbonne un seul fronton dont la ligne soit restéetranquille.

Ce qui est remarquable, et ce qui achève d’assimiler l’ar-chitecture du dix-huitième siècle à une végétation, j’enfaisais encore l’observation à Nancy en côtoyant la cathé-drale, c’est que, de même que le tronc des arbres est noiret triste, la partie inférieure des édifices Pompadour estnue, morose, lourde et lugubre. Le rococo a de vilainspieds.

J’arrivais à Nancy dimanche à sept heures du soir; à huitheures la malle repartait. Cette nuit a été moins mauvaiseque la première. Étais-je plus fatigué? La route était-ellemeilleure? Le fait est que je me suis cramponné aux bras-sières de la voiture et que j’ai dormi. C’est ainsi que j’aivu Phalsbourg .

Vers quatre heures du matin, je me suis réveillé. Unvent frais me frappait le visage, la voiture, lancée au grandgalop, penchait en avant, nous descendions la fameusecôte de Saverne .

C’est là une des belles impressions de ma vie. La pluieavait cessé, les brumes se dispersaient aux quatre vents,le croissant traversait rapidement les nuées et par momentsvoguait librement dans un trapèze d’azur comme unebarque dans un petit lac. Une brise, qui venait du Rhin ,faisait frissonner les arbres au bord de la route. De tempsen temps ils s’écartaient et me laissaient voir un abîmevague et éblouissant ; au premier plan, une futaie sous