96
teresses; deux ponts moisis, sous lesquels galope un jolitorrent, l’Ergolz , qui descend de la montagne en écartantles branches des arbres; un bruit de roues de moulins, desbalcons de bois égayés de vignes, un vieux cimetière oùj’ai remarqué en passant une tombe étrange du quatrièmesiècle et qui a l’air de s’écrouler dans le Rhin auquel ilest adossé, voilà Augst , voilà Raurica, voilà Augusta. Lesol est bouleversé par les fouilles. On en tire un tas depetites statuettes de bronze dont la bibliothèque de Râlese fait un petit dunkerque.
Une demi-heure plus loin, sur l’autre rive du Rhin , cejoli ruban de vieilles maisons de bois, coupé par une cas-cade, c’est Warmbach. Et puis, après une demi-lieue d’ar-bres, de ravins et de prairies, le Rhin s’ouvre; au milieude l’eau s’accroupit un gros rocher couvert de ruines etrattaché aux deux rives par un pont couvert, bâti en bois,d’un aspect singulier. Une petite ville gothique, hérisséede tours, de créneaux et de clochers, descend en désordrevers ce pont; c’est'Rhinfelden, une cité militaire et reli-gieuse, une des quatre villes forestières, un lieu célèbre etcharmant. Cette ruine au milieu du Rhin , c’est l’ancien châ-teau, qu’on appelle la Pierre de Rhinfelden. Sous ce pontde bois qui n’a qu’une arche, au delà du rocher, du côtéopposé à la ville, le Rhin n’est plus un fleuve, c’est ungouffre. Force bateaux s’y perdent tous les jours. — Je mesuis arrête un grand quart d’heure à Rhinfelden. Lesenseignes des auberges pendent à d’énormes branches defer touffues, les plus amusantes du monde. La grande rueest réjouie par une belle fontaine dont la colonne porteun noble homme d’armes qui porte lui-même les armesde la ville de son bras élevé fièrement au-dessus de satête.
Après Rhinfelden jusqu’à Bruck, le paysage reste char-mant; mais l’antiquaire n’a rien à regarder, à moins qu’ilne soit comme moi plutôt curieux qu’archéologue, plutôtflâneur de grandes routes que voyageur. Je suis un grandregardeur de toutes choses, rien de plus, mais je croisavoir raison; toute chose contient une pensée; je tâched’extraire la pensée de la chose. C’est une chimie commeune autre.