mêlent à son sommet lui font des cheveux hérissés et hor-ribles.
A l’endroit le plus épouvantable de la chute, un grandrocher disparaît et reparaît sous l’écume comme le crâned’un géant englouti, battu depuis six mille ans de cettedouche effroyable.
Le guide continue son monologue. — La chute du Rhin est à une lieue de Schaffhouse . La masse du fleuve toutentière tombe là d’une hauteur de « septante pieds ».
L’âpre sentier qui descend du château de Laufen àl’abîme traverse un jardin. Au moment où je passais as-sourdi par la formidable cataracte, un enfant, habitué àfaire ménage avec cette merveille du monde, jouait parmides fleurs et mettait en chantant ses petits doigts dans desgueules-de-ioup roses.
Ce sentier a des stations variées, où l’on paie un peu detemps en temps. La pauvre cataracte ne saurait travaillerpour rien. Voyez la peine qu’elle se donne. Il faut bienqu’avec toute cette écume qu’elle jette aux arbres, auxrochers, aux fleuves, aux nuages, elle jette aussi un peuquelques gros sous dans la poche de quelqu’un. C’est bienle moins.
Je suis parvenu par ce sentier jusqu’à une façon de bal-con branlant pratiqué tout au fond, sur le gouffre et dansle gouffre.
Là, tout vous remue à la fois. On est ébloui, étourdi,bouleversé, terrifié, charmé. On s’appuie à une barrièrede bois qui tremble. Des arbres jaunis, — c’est l’automne,— des sorbiers rouges entourent un petit pavillon dans lestyle du café Turc, d’où l’on observe l’horreur de la chose.Les femmes se couvrent d’un collet de toile cirée (un francpar personne). On est enveloppé d’une effroyable aversetonnante.
De jolis petits colimaçons jaunes se promènent voluptueu-sement sous .cette rosée sur le bord du balcon. Le rocherqui surplombe au-dessus du balcon pleure goutte à gouttedans la cascade. Sur la roche qui est au milieu de la cata-racte se dresse un chevalier troubadour en bois peintappuyé sur un bouclier rouge à croix blanche. Un hommea dû risquer sa vie pour aller planter ce décor de