Band 
III.
Seite
120
JPEG-Download
 

120

LE RHIN .

lAmbigu au milieu de la grande et éternelle poésie deJéhovah.

Les deux géants qui redressent la tête, je veux dire lesdeux plus grands rochers, semblent se parler. Ce tonnerreest leur voix. Au-dessus dune épouvantable croupe dé-cume, on aperçoit une maisonnette paisible avec son petitverger. On dirait que cette affreuse hydre est condamnéeà porter éternellement sur son dos cette douce et heureusecabane.

Je suis allé jusquà lextrémité du balcon; je me suisadossé au rocher.

Laspect devient encore plus terrible. Cest un écroule-ment effrayant. Le gouflre hideux et splendide jette avecrage une pluie de perles au visage de ceux qui osent leregarder de si près. Cest admirable. Les quatre grandsgonflements de la cataracte tombent, remontent et re-descendent sans cesse. On croit voir tourner devantsoi les quatre roues fulgurantes du char de la tempête.

Le pont de bois était inondé. Les planches glissaient.Des feuilles mortes frissonnaient sous mes pieds. Dans uneanfractuosité du roc, jai remarqué une petite touffedherbe desséchée. Desséchée sous la cataracte de Schaflf-house! dans ce déluge une goutte deau lui a manqué. 11 ya des cœurs qui ressemblent à cette touffe dherbe. Aumilieu du tourbillon des prospérités humaines, ils se des^sèchent . Hélas ! cest quil leur a manqué cette gouttedeau qui ne sort pas de la terre, mais qui tombe du ciel,lamour!

Dans le pavillon turc, lequel a des vitraux de couleur,et quels vitraux! il y a un livre les visiteurs sontpriés dinscrire leurs noms. Je lai feuilleté. Jy ai _ .remarqué cette signature : Henri , avec ce paraphe : ¥Est-ce un V ?

Combien de temps suis-je resté, abîmé dans ce grandspectacle? Je ne saurais vous le dire. Pendant cettecontemplation, les heures passeraient dans lesprit commeles ondes dans le gouffre, sans laisser trace ni souvenir.

Cependant on est venu mavertir que le jour baissait. Jesuis remonté au château, et de je suis descendu sur lagrève d lon passe le Rhin pour gagner la rive droite.