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III.
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LA CATARACTE DU RHIN .

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Cette grève est au bas de la chute, et l’on traverse lefleuve à quelques brasses de la cataracte. On s’aventurepour ce trajet dans un petit batclet charmant, léger,exquis, ajusté comme une pirogue de sauvage, construitd’un bois souple comme do la peau de requin, solide,élastique, fibreux, touchant les rochers à chaque instantet s’y écorchant à peine, manœuvré, comme tous les ca-nots du Rhin et de la Meuse , avec un crochet et unaviron en forme de pelle. Rien n’est plus étrange que desentir dans cette coquille les profondes et orageuses se-cousses de l’eau.

Pendant que la barque s’éloignait du bord, je regardaisau-dessus de ma tète les créneaux couverts de tuiles etles pignons taillés du château qui dominent le précipice.Des filets de pêcheurs séchaient sur les cailloux au borddu fleuve. On pèche donc dans ce tourbillon? Oui, sansdoute. Comme les poissonsne peuvent franchir la cataracte,on prend là beaucoup de saumons. D’ailleurs dans queltourbillon l’homme ne pèche-t-il pas?

Maintenant je voudrais résumer toutes ces sensations sivives et presque poignantes. Première impression : on nesait que dire, on est écrasé comme par tous les grandspoèmes. Puis l’ensemble se débrouille. Les beautés se dé-gagent de la nuée. Somme toute, c’est grand, sombre, ter-rible, hideux, magnifique, inexprimable.

De l’autre côté du Rhin , cela fait tourner des moulins.

Sur une rive, le château ; sur l’autre, le village, quis’appelle Neuhausen .

Tout en nous laissant aller au balancement de la barque,j’admirais la superbe couleur de cette eau, On croit nagerdans de la serpentine liquide.

Chose remarquable, chacun des deux grands fleuves desAlpes , en quittant les montagnes, a la couleur de la mer oùil va. Le Rhône , en débouchant du lac de Genève, est bleucomme la Méditerranée; le Rhin, en sortant du lac de Con-stance , est vert comme l’Océan.

Malheureusement le ciel était couvert. Je ne puis doncpas dire que j’ai vu la chute de Laufen dans toute sasplendeur. Rien n’est riche et merveilleux comme cettepluie de perles dont je vous ai déjà parlé, et que la cata-