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III.
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LE RHIN .

outil qui a deux tranchants, l’un avec lequel on coupe,l’autre avec lequel on se coupe ; que l’exilé qui a fait desexilés, que le proscrit qui a été prescripteur, traînentaprès eux une mauvaise ombre, une pitié mêlée de colère,le reflet des misères d’autrui flamboyant comme l’épée del’ange sur leur propre malheur. Ils pouvaient dire aussi àce grand peintre, — n’est-ce pas, Louis? — que pour lepenseur, en un jour de contemplation, il sort de la séré-nité du ciel et de l’azur profond du Léman plus d’idées no-bles, plus d’idées bienveillantes, plus d’idées utiles à l’hu-manité, qu’il n’en sort en dix siècles de vingt révolutionscomme celles qui ont égorgé Charles I er et Louis XVI ;et qu’au-dessus des agitations politiques, éternellement au-dessus de ces tempêtes climatériques des nations, dont leflux bourbeux apporte aussi bien Marat que Mirabeau, il y a,pour les grandes âmes, l’art, qui contient l’intelligence del’homme, et la nature, qui contient l’intelligence de Dieu !

Pendant que je me laissais aller à toutes ces rêvasseries,un rayon de soleil couchant, entré par je ne sais quellelucarne, et comme dépaysé dans cette église nue et morne,est venu se poser sur les tombes comme la lumière d’unflambeau, et j’ai lu les épitaphes. Ce sont de longues etgraves protestations où semble respirer l’âme des deuxvieux régicides, hommes intègres, purs et grands d’ailleurs.Tous deux exposent les faits de leur vie et le fait de leurmort sans colère, mais sans concession. Ce sont des phrasesrigides et hautaines, dignes en effet d’être dites par lemarbre. On sent que tous deux regrettent la patrie. Lapatrie est toujours belle, même Londres vue du Léman.Mais ce qui m’a frappé, c’est que chacun des deux vieil-lards a pris une posture différente dans le tombeau.Edmond Ludlow s’est envolé joyeux vers les demeureséternelles, sedes œternas lœtus advolavit, dit l’épitaphedebout contre le mur. Andrew Broughton, fatigué des tra-vaux de la vie, s’est endormi dans le Seigneur, in Dominoobdormivit , dit l’épitaphe couchée à terre. Ainsi, l’unjoyeux, l’autre las. L’un a trouvé des ailes dans le sépulcre,l’autre y a trouvé un oreiller. L’un avait tué un roi etvoulait le paradis; l’autre avait fait la même chose etdemandait le repos.