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LE RHIN .

quait farouchement une religion composée de Mahomet ,de Jésus-Christ et de Jupiter, dans la ville monstrueuse deCambalusa, habitée par cinq mille astrologues et gardéepar une innombrable cavalerie, on entrevoyait, au milieudes foudres et des vents, assis, jambes croisées, sur untapis circulaire de feutre noir, le grand khan de Tartarie,qui répétait par intervalles d’un air terrible ces parolesgravées sur son sceau : Dieu au eiel, le grand khan surterre.

Les oisifs parisiens racontaient du khan, comme duknez, des choses merveilleuses. L’empire du khan destartares avait été fondé, disait-on, par le maréchalCanguiste, que nous nommons aujourd’hui Gengis-khan.L’autorité de ce maréchal était telle, qu’il fut obéi un jourpar sept princes auxquels il avait commandé de tuer leursenfants. Ses successeurs n’étaient pas moindres que lui.Le nom du grand khan régnant était écrit au fronton detous les temples en lettres d’or, et le dernier des titres dece prince était âme de Dieu . Il partageait avec le grand knezla royauté des hordes. Un jour, apprenant par les astro-logues que la ville de Cambalusa devait se révolter, Cublai-Kkan en fit faire une autre à côté, qu’il appela Taïdu.Voilà ce que c’était que le grand khan.

Au dix-septième siècle, n’oublions pas qu’il n’y a de celaque deux cents ans, il y avait hors d’Europe , au nord et àl’orient, une série fantastique de princes prodigieux etincroyables, échelonnés dans l’ombre; mirage étrange,fascination des poètes et des aventuriers, qui, au treizièmesiècle, avait fait rêver Dante et partir Marco-Polo . Quandon allait vers ces princes, ils semblaient reculer dans lesténèbres; mais, en cherchant leur empire, on trouvait tan-tôt un monde, comme Colomb , tantôt une épopée, commeCamoens. Vers la frontière septentrionale de l’Europe ,la première de ces figures extraordinaires, la plus rappro-chée et la mieux éclairée, c’était le grand-duc de Lithuanie ;la deuxième, distincte encore, c’était le grand knez deMoscovie; la troisième, déjà confuse, c’était le grand khande Tartarie; et, au delà de ces trois visions, le grand shérifsur son trône d’argent, le grand sophi sur son trône d’or, legrand zamorin sur son trône d’airain, le grand mogolen-