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sultan l’immense et tremblant troupeau des nations civili-sées, qu’elle était organisée à la turque, et que, sauvage,farouche et violente dans son allure, elle ressemblait àla cavalerie ottomane comme le chien-loup ressemble auloup. L’empereur couvrait le reste de la frontière, de Knin,sur l’Adriatique, à Szolnock, près du Danube , avec vingtmille lansquenets, dépense insuffisante en temps de guerre,qui fatiguait l’empire en temps de paix. Venise et Maltecouvraient la mer. „
Nous ne mentionnons plus Gênes qu’en passant. Gênes ,trop de fois humiliée, surveillait sa rivière avec quatre ga-lères, en laissait pourrir vingt-cinq dans son arsenal, serisquait peu au dehors et s’abritait sous le roi d’Espagne .
Malte avait trois cuirasses, ses forteresses, ses navireset la valeur de ses chevaliers. Ces braves gentilshommes,soumis dans Malte à des règles somptuaires tellement sé-vères, que le plus qualifié d’entre eux ne pouvait se fairefaire un habit neuf sans la permission du bailli drapier,se vengeaient de ces contraintes claustrales par un déchaî-nement de bravoure inouï, et, brebis dans l’île, devenaientlions sur mer. Une galère de Malte, qui ne portait jamaisplus de seize canons et de cinq cents combattants, atta-quait sans hésiter trois galions turcs.
Venise , opulente et hardie, appuyée sur sept villes fortesqui ôtaient à elle en Lombai’die et dans la Marche, maî-tresse du Frioul et de l’Istrie, maîtresse de l’Adriatique ,dont la garde lui coûtait cinq mille ducats par an, bloquantles uscoqucs avec cinq fustes toujours armées, fièrementinstallée à Corfou, à Zante , à Céphalonic, dans toutes lesîles delà côte dcpuisZarajusqu’à Cérigo , entretenant per-pétuellement sur le pied de guerre vingt-cinq mille cer-nides, trente-cinq mille lansquenets, suisses et grisons ,quinze cents lances, mille chevau-légers lombards et troismille stradiots dalmates, Venise faisait résolument obstacleau sultan. Même lorsqu’elle eut perdu Andro et Paros ,qu’elle avait dans l’archipel, elle garda Candie; et là de-bout sur ce magnifique barrage naturel qui clôt la merÉgée, fermant aux turcs la sortie de l’Archipel et l’entréede la Méditerranée , elle tint en échec la barbarie.