IV
Aujourd’hui, par la force mystérieuse des choses, laTurquie est tombée, l’Espagne est tombée.
A l’heure où nous parlons, les assignats*, cette der-nière vermine des vieilles sociétés pourries, dévorentl’empire turc.
Depuis longtemps déjà une autre nation a Gibraltar ,comme le sauvage qui coud à son manteau l’ongle du lionmort.
Ainsi, en moins de deux cents ans, les deux colossesqui épouvantaient nos pères se sont évanouis.
L’Europe est-elle délivrée? Non.
Comme au dix-septième siècle, un double péril la me-nace. Les hommes passent, mais l’homme reste ; les empirestombent, les égoïsmes se reforment. Or, à l’instant où noussommes, de même qu’il y a deux cents ans, deux immenseségoïsmes pressent l’Europe et la convoitent. L’esprit deguerre, de violence et de conquête est encore debout àl’orient, l’esprit de commerce, de ruse et d’aventure estencore debout à l’occident. Les deux géants se sont unpeu déplacés et sont remontés vers le nord, comme poursaisir le continent de plus haut.
A la Turquie a succédé la Russie; à l’Espagne a succédél’Angleterre.
Coupez par la pensée, sur le globe du monde, un seg-ment, qui, tournant autour du pôle, se développe du capNord européen au cap Nord asiatique, de Tornéa au Kamt-chatka, de Varsovie au golfe d’Anadyr , de la mer Noire àla mer d’Okhotsk, et qui, au couchant, entamant la Suède ,
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