Band 
III.
Seite
178
JPEG-Download
 

178

LE RHIN .

vant elle; son gouvernement y voit moins encore. Étrangespectacle! un myope conduit par un aveugle.

Cinquièmement, la servitude posée comme un bât surle peuple. Sous la domination turque, le laboureur nes’appartenait pas; il était à un propriétaire. Il y avait unpremier bétail, le troupeau, et un deuxième bétail, lepaysan. Ainsi la dépopulation partout, point de vraie cul-ture, un sillon détesté du laboureur. La propriété et laliberté font aimer la terre à l’homme; la servitude la luifait haïr. Le cœur se serre en étudiant cet état; qu’onl’examine en haut ou qu’on le regarde en bas, les deuxextrémités se ressemblent par la misère intellectuelle.Que peut devenir la société humaine entre un prince quele despotisme hébète et un paysan que l’esclavage abrutit?

Sixièmement, l’abus des colonies militaires. Les tima-riots était des colons soldats. C’est une erreur qu’avaientles turcs de croire qu’on refait de la population de cettemanière. Le procédé manque le but. Un village qui est unrégiment n’est plus un village. Un régiment est toujourscoupé carrément ; un village doit choisir son lieu, et ygermer naturellement, et y croître au soleil. Un villageest un arbre, un régiment est une poutre. Pour faire lesoldat on tue le paysan. Or, pour la vie intérieure et pro-fonde des empires, mieux vaut un paysan qu’un soldat.

Septièmement, l’oppression des pays conquis; unelangue barbare imposée aux vaincus; une noble nation,illustre, historique, grande dans les souvenirs et les sym-pathies de l’Europe , jadis libre, jadis républicaine, dé-cimée, extirpée, livrée au sabre et au fouet, écrasée dansl’homme, dans la femme et jusque dans l’enfant, déracinéede son propre sol, transplantée au loin, jetée au vent,foulée aux pieds. Ces voies de fait du peuple vainqueursur le peuple vaincu sont accompagnées de cris d’horreur,et finissent par révolter toute la terre. Quand l’heure aenfin sonné, les peuples opprimés se lèvent, et le mondese lève de leur côté.

Huitièmement, la religion sans l’intelligence, la foi sansla réflexion, c’est-à-dire l’idolâtrie; un peuple dévot sansperception directe du beau, du juste et du vrai, qui n’aplus dans la tête que les deux yeux louches et faux de