DE ZÜRICH.
a3
dispositions , les Zuricois se virent cernes de toutesparts. Brun consterne, croyoit tout perdu, il quittaclandestinement l’armee. Celle-ci, se voyant aban-donnee par son cbef, perdit egalementtout courage;mais Roger Manes (i), par sa valeur hero'ique, parsa presence d’esprit, parvint ä le relever; c’est luiqui sauva l’armee et la patrie. II fit croire aux sol-dats que le bourgmestre etoit alle au-devant dusecours attendu de la ville ; il profita du moment,livra bataille le aö decembre 1 35 1; l’action fut san-glante:par une ruse de truerre , la cavalerie enneiniefut mise en deroute ; la victoire fut complete, et lesvaincus se jeterent dans la ville de Bade.
Brun , honteux d’une victoire remportee pen-dant son absence, couvrit son deshonneur , par lacredulite du peuple. Il repandit qu’on avoit traniecontre sa vie et contre la Constitution ; qu’on luiimputoit, pour lui aliener l’amour de ses conci-toyens , d’avoir quitte l’armee avant la bataille. Lepeuple trompe , voulant lui donner un temoignagesolennel de son affection , le rainena en triomphe,et le confirma dans sa cliarge.
(i) R. Manes, quoique issu d’une famille noble, acceptaune place dans le gouvernement de Brun. Il lut consi-d6re pour ses vertus, mßme par les emigres. II avoit 1 es-prit cultiv<5, il <5toit poete. A son chäteau de la Manneg,il rassembla les poetes connus sous le nom de Minnesin-ger , dont les poesies respirent unc nai'vete vraiinent natio.nale. On en conserve une collection ä la bibliotlicque im-periale ä Paris.