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il se jette aux pieds du féroce Grizler, qui lerepousse. Le désespoir dans l’aine, Tell s’armede deux flèches, en cache une sous son habit,place l’autre sur son arc, le tend d’une maintremblante : la flèche part, et abat la pommesur la tête de son fils. Mais le tyran , voyant laflèche que cachoit Tell, lui demande ce qu’ilen vouloit faire? «Je te ladestinois, monstre!si j’eusse été assez malheureux pour tuer monfils : j’aurois délivré ma patrie d’un tyran exé-crable». A ces mots, le bailli, écumant derage , fait conduire dans son bateau Tell, lié etgarotté : il vouloit l’emmener dans son château,pour y savourer le plaisir d’une vengeance lenteet cruelle.
Le ciel s’arma pour l’innocence. Lorsque lebateau étoit au milieu du lac, il s’éleva une tem-pête terrible ! les bateliers, saisis d’épouvante,abandonnent la rame; et le bateau, tourmentépar les vents, alloit se briser contrôles rochers.A l’aspect du danger, le lâche Grizler a recoursà son prisonnier, qui passoit pour un batelieraussi adroit qu’intrépide. Grizler le fait délier.Tell jette un regard de mépris sur lui , s’assiedau gouvernail, sans mot dire, et manoeuvre sibien qu’il aborde un rocher, sur lequel il s’é-lance : de là , d’un pied vigoureux , il repousse