Voyage
3.0
chers, dans un pays inconnu, à la merci desours : & c’étoit aux approches de la nuit.
Telle étoit ma situation , lorsque j’apperçitSun homme courant sur mes pas , &c qui pa-roiísoit courir pour m'atteindre. En tout autrepays que la Suisse , dans un lieu auffi sauvage,&: à pareille heure, j’eusse eu quelque appré-hension. Je n'en eus aucune, &r j’avois raison. Jem'arrête , je l’attends : il me dit qu’on avoitcru s’appercevoir que jem’égarois, que j'alloisêtre obligé de paíser la nuit dans les forêts,& qu’il avoit été dépêché à ma fuite pour rn'of-frir un asyle &c 1 hospitalité dans leur cabane.II m’y ramena : j’y vis trois ou quatre Monta-gnards de vingt-cinq à trente ans, &c une jeunefemme de la figure la plus intéressante , maisqui ne demeurait point dans cette habitation ,car bientôt après elle s’en éloigna. Je vis furtous les visages l’empreinte de la cordialité , &: lajoie qu’ils éprouvoient de m’avoir tiré de l’étatde détresse où je me trouvois. Ils me donnerentd u lait : c’est tout ce qu’ils possédoient. Je passaila soirée à voir la manipulation des fromages,après quoi on prépara le souper qui ne futpas d’un long apprêt. Une chaudière de laitprésentée sur les flammes, bientôt tuméfiée parla chaleur , & déposée par terre , entre tousles convives, dont j’étois un, fit tout notre souper.