l3a ESSAI HISTORIQUE,
les bons mots (le Gérard Chalomata , le fou deGruyère . Tout cela se passait au milieu de cetteépouvantable peste qui emporta un tiers deshabitans de la Suisse , et désola l’Europe etl’Asie , dans le quatorzième siècle. Les champs( l545 à l349 ) demeurèrent sans cul-ture, les maisons et les châteaux sans habi-tans , et quelquefois sans héritiers qui en ré-clamassent la succession ; les prêtres n’étaientpas assez nombreux pour administrer les sa-cremens aux malades, et les cimetières ne pou-vaient contenir les morts ( 1 ). Il semblait quela nature entière était vouée à la destruction ;car des tremblemens de terre d’une durée etd’une violence sans exemple, bouleversèrent(l 356) de vastes pays. Tschudi parle de qua-rante villes dans la Carinthie , la Carniole et l'Js-
(1) Bâle seule perdit quatorze mille âmes par la pesteen 1348 J °n y frappa une médaille que les survivans s’en-voyaient les uns aux autres en memento inori , portantd’un côté trois roses, de l’autre une tête de mort avec unépi de blé qui en sortait, et la devise hodie mihi, cras tibi.Un auteur contemporain dit d’un certain quartier de laville (de la porte d’Eschheim jusqu’à celle du Rhin ), qu’iln’y resta que trois ménages complets. La mortalité fut en-core plus grande en Italie ; Florence perdit cent mille ha-bitans , Naples soixante mille , Sienne quatre-vingt mille :la contagion atteignit jusqu’à l’Islande ; et ce point isolédans l’Océan, et presque sous le cercle polaire, fut dé-