CHAPITRE XXXI.
355
impliqué dans la même affaire, et soumis auxmêmes procédés judiciaires, les os fracassés, lescôtes enfoncées, perdant son sang par le déchi-rement des vaisseaux, mais doué de plus deconstance, et persistant dans ses dénégations,fut absous et même rétabli dans ses fonctionspubliques. On a peine à concevoir tant d’inep-ties et tant d’horreurs dans le dix-septièmesiècle, (i)
(i) Cette escalade n’occupait pas moins les littérateurs dece temps-là que les bourreaux; un cavalier de Savoie commença la guerre de plume : on ne nous saura pas mau-vais gré de donner un échantillon du style de pamphlet,il y a deux cents ans : « Grand duc , disait-il en s'adres-« sant à son souverain, le Scipion des Ânnibal de l’Europe ,« l’unique laurier où les victoires et triomphes empruntent« leurs couronnes pour en ceindre les têtes des plus grands« rois, prince à qui le ciel a donné plus de courage qu’il« n’en fallait pour la conquête des mondes d’Anaximandre ,« Scipion sut combattre et vaincre, mais il ne voulut onc« endosser ses armes qu’il ne vît en tête de la courageuse« fierté des bataillons de Carthage , ce magnanime et va-« leureux Annibal, etc. » De savans Genevois unirent leurstalens dans une réponse de quatre cents pages : « Cavalier« savoisien , disaient-ils , nouvellement éclos de la chaleur« et pourriture d’une raye germée l’hiver passé dans quel-« que puante fosse j cavalier de nouvelle impression, rien« moins que cavalier, ains plutôt carnavalier, farceur« bateleur , vrai chartier, nourri dans quelque cabaret,« confit en injures et propos de taverne , tu as bien avancé« tes besognes, pestiféré crapaud, d’avoir ainsi coassé