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la philosophie même de Saint-Evremont, et nelui permît pas d’imaginer que Condé pûtêtre placé ailleurs qu’au premier rang, soit, cequi est plus vraisemblable encore, que d’an-ciennes liaisons et un long attachement aientrendu l’écrivain partial (i), toujours est-il ma-nifeste qu’au fond de sa pensée il a cru fairepencher la balance de l’admiration en faveurdu prince de Condé; et cependant tel est, àson insçu, l’effet de sa propre conviction, telest le pouvoir de la vérité qu’il discerne etmontre avec une vive lumière, que l’avantagedu parallèle, dans le jugement du lecteur, noussemble demeurer décidément à Turenne.
Condé avoit beaucoup de génie sans doute,mais il n’en avoit pas plus que Turenne, etTurenne avoit, outre le génie, une patience etune puissance de méditation que le caractèreet la vie politique et militaire de Condé ne luiavoient jamais permis d’acquérir. Condé, néprince, et ce qui étoit alors un titre plus puis-
(i) Saint-Evremont avoit servi sous le prince de Condé; ilen avoit été long-temps très-bien traité. Il encourut ensuite ladisgrâce du prince ; mais ce désagrément passager lui avoitlait une impression fort légère en comparaison de l'ascen-dant qu’avoient exercé sur lui la hauteur du génie de Condé ,la force de son caractère, les charmes de son esprit et de soncommerce familier.