Band 
Tome deuxième.
Seite
140
JPEG-Download
 

( *4o )

que la véritable cause delà rupture de ses pontssur la Cinca et la Sègre fut la subite élévation deseaux de ces deux rivières; mais c’est un acci-dent, dit-il, presque prodigieux, ou qui, dumoins, arrive fort rarement dans ces contrées,ce qui n’est pas vrai, et sur quoi il auroit dûêtre averti, même avant d’arriver en Espagne,par la constitution physique de l’Italie et par lestorrens qui descendent des Apennins et quisont de la même nature et dans le même cas queceux des Pyrénées.

« Il survint, dit-il, un si grand orage, que, de«mémoire d’homme, les eaux ne s’étoient éle-» vées si haut; toute la neige des montagnes se«fondit; les fleuves sortirent de leur lit, et, le«même jour, les deux ponts que Fabius avoit» construits furent rompus (i). »

Après avoir ainsi rejeté sur une espèce de phé-nomène la cause de la désastreuse position où ilse trouva, il ne dissimule point cette positionmême, afin de ne pas affoiblir le mérite de s’en

(i) Tanta tempestas exorilur ut nunquàm illis locis ma-jores aquas fuisse c.ùnstaret. Tum autem ex omnibus monti-bus nix proluit ac summas aquasfluminis superavit, pontesqueambos, quos Caïus Fabius fecerat unâ die, interrupit. Onpeut observer que cette phrase n’est pas sans prétentions , etqu’elle cherche à déguiser l’imprévoyance du général, sousla pompe des expressions du narrateur.