DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Liv. V. 341quels leur état sembloit interdire le goût et la connoissance del’astronomie, et qui néanmoins liront leur cour à la déese Uianie.Vers l’année 1620 vivoit à Vizile , petit bourg voisin de Gre-noble , un simple paysan qui se livroit à l’astronomie avec assezd’assiduité ; il se nommoit Eléazar Feronce , et étoit jardinierdans le château du connétable de Lesdiguières ; l’instrumentavec lequel il observoit étoit un octant de trois pieds environde rayon , avec les dégrés divisés en minutes par des transver-sales. Gassendi fait mention de cet observateur et de ses obser-vations , qui lui étoient communiquées par un autre amateurde l’astronomie , M. de Valois , trésorier de France à Grenoble ,et quelques-unes sont rapportées parmi les siennes (1).
Dirck llembrantz Van-Nierop , fut encore un de ces hommesquisembloient faits pour végéter dans l’exercice d’un métier méca- 'nique des moins relevés (car il étoit simple cordonnier à Nierop,bourg peu distant de la retraite de Descartes ). Lorsque les Prin-cipes de ce philosophe virent le jour , Rembrantz les lut , lesadmira , et chercha à voir leur auteur ; mais ses domestiquesécartèrent à plusieurs reprises l’humble cordonnier. Enfin il pé-nétra auprès de Descartes qui , charmé de son intelligence, l’ac-cueillit dans la suite , et le reçut avec amitié ( 2 ). On a de luien hollandois plusieurs ouvrages , qu’on dit marqués au coinde l’intelligence et de la saine philosophie ; entr’autres un où ilprend la défense de Copernic. Cela lui attira de la part d’un anti-copernicien l’injurieuse application de l’adage , ne sutor ultracrepidarn ; mais ici le cordonnier l’emportoit sur le philosophe.
Mais c’est l’Allemagne qui paroît avoir été spécialement fécondeen cette sorte de phénomène ; et nous ne craindrons pas dedépasser un peu l’époque où nous sommes arrivés , pour faireconnoître , d’après M. Weidler( 3 ), ces astronomes ou amateursde l’astronomie , qui, malgré leurs professions mécaniques et leurignorance dans les lettres , cultivèrent cette science. Je 11e dislien de Faulhaber , qui de tisseran de la ville d’Ulm devint unmathématicien distingué ; nous en avons parlé ailleurs. Mais ontrouve encore dans cette classe Jean Jordan de Stuttgard , dontle métier étoit celui de pelletier ; cela ne l’empêcha pas d’étudierl’astronomie dans les livres allemands ( car il ignoroit le latin) ,et d’y faire de tels progrès , qu’il abrégea les Tables Rudolphinesde Kepler, et s’en servit pour calculer des éphémérides annuelles;il étoit de plus mécanicien très-ingénieux.
( 1 ) Gassendi opéra, tom. IV , (}) Hist. Astronom. çap. XV, art.
passim. 152.
2.) Vie de Ücscartes, par Bail/et ,tom. II.