DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Liv. VIII. 533
a uefois les unes prépondèrent sur les autres. Et cette espècee contradiction qui indique un embarras à se décider, fondésur les difficultés qu’on entrevoit de toutes parts, est sans douteplus digne d’un esprit philosophique, que la hardie confiancedu philosophe qu’on met souvent en opposition avec Neutort.
Il se présente en ce lieu une question qui mérite que nousen disions quelques mots. Après avoir vu que les rayons diver-sement colorés sont inégalement réfrangibles , on a demandéquelle pouvoit être la cause de cet effet. On s’est partagé surcela , les uns l’attribuant à la différente masse des particulesde la lumière, les autres à leur différente vitesse. Quant à moi,il ine semble que pour répondre à une pareille question , ilfaudroit avoir des connoissances que nous n’avons point en-core. En effet, dans l’hypothèse même de l’émission de la lu-mière, hypothèse qui n’est pas sans difficultés, il faudroit savoirquelle est la nature de cette force qui détourne la lumière etproduit la réfraction. Car si on la fait consister dans une pro-priété inhérente à la matière , il faudra dire que la différenteréfrangibilité est l’effet de la différente vitesse des particules dela lumière. Ceux qui ont pensé le contraire, ne faisoient pasattention que suivant les principes de la Mécanique, un bouletde canon lancé obliquement avec la même vitesse et la mêmedirection que la plus petite balle de plomb, ne décriroit pasune autre courbe, du moins en faisant abstraction de la résis-tance de l’air. Or l’un et l’autre cas sont absolument semblables.
Mais fait- on consister l’attraction dont il s’agit ici dans l’ac-tion d’un fluide élastique , comme le soupçonne M. Nenton,le cas sera bien différent. Alors la différence des masses pourra,ou seule , ou conjointement avec la différence des vîiesses ,produire la différente réfrangibilité. Car les particules les plusgrosses pourront, toutes choses d’ailleurs égales, être les moinsdérangées. Ainsi, dans cette supposition , les rayons rougespeuvent être ceux qui ont le plus de masse.
Il nous reste à parler de quelques expériences de M. Neuton ,d’un autre genre que les précédentes , et trop curieuses pourque, malgré l’obligation où nous sommes d’abréger , nous puis-sions les omettre. Les voici : M. Neuton prit un verre planconvexe , et un autre convexe des deux côtés , et ayant sonfoyer à cinquante pieds de distance. Il appliqua le dernier surle côté plan du premier, et les pressant légèrement l’un contrel autre , il vit successivement sortir du centre divers anneauxcolorés qui s’étendoient davantage en diamètre , et se resser-roient , quant leur largeur, à mesure qu’il pressoir, jusqu’àce que ces verres étant comprimés à un certain point, il sefit au centre une tache noire , après quoi il ne parut plus de