58 o HISTOIRE
la terre arrivée en C , commencera à appercevoir les immer-sions du même satellite dans l’ombre, la terre allant au devantde la lumière , l’observation anticipera de plus en plus le calcul,de manière que quand le spectateur terrestre sera en D, il verral’immersion plutôt que le calcul ne l’indique , de tout le tempsque la lumière met à aller de D en C.
Cette ingénieuse explication nous fournit la solution d’un desplus curieux problèmes qui puisse intéresser l’esprit humain ;savoir , de déterminer la vitesse avec laquelle la lumière se ré-pand dans les espaces célestes. La quantité de temps dont lecalcul des émersions anticipe le moment de l’observation , estde i 5 à 16 ' , lorsque la terre est dans le point B, l’un des der-niers d’où l’on puisse appercevoir Jupiter prêt à être caché dansles rayons du soleil. Delà on conclut , en comparant la cordeAB avec le diamètre de l’orbite terrestre, que la lumière met16 à i8' à parcourir cette étendue , d’où il suit qu’elle vientdu soleil à nos yeux dans l’espace de 8 à 9C Mais la distancede cet astre à la terre est d’environ 22000 demi-diamètres ter-restres. Ainsi la lumière en parcourt environ 43 dans une se-conde ; elle met moins d’une seconde et demie à venir de lalune jusqu’à nous. Cette vitesse , quelque prodigieuse qu’ellesoit, ne doit pas paraître incroyable à un philosophe. Le sys-tème de l’univers n’est qu’un composé de merveilles non moinsdignes d’admiration, et aussi propres à confondre l’esprit humain.
Le mouvement successif de la lumière a été pendant long-temps sujet à deux objections , dont une étoit assez pressante.La première est de M. Cassini, et c’est celle qui lui fit changerde sentiment, comme on a dit plus haut. Si le mouvement suc-cessif de la lumière est la cause de l’inégalité dont on vient de-parler , d’où vient, disoit-il , n’a t-elle point lieu à l’égard destrois autres satellites? Leurs éclipses devraient être sujettes auxmêmes accélérations et retardemens périodiques que celles du
P remier, cependant on n’observe rien de semblable. M. Maraldi-ancien (j), qui, à l’exemple de son oncle, rejette ce mouve-ment de la lumière, fortifie cette objection de quelques autres,et surtout de celle-ci. Si c’étoit ce mouvement qui produisît lephénomène en question, on devrait, disoit-il, observer une troi-sième inégalité, dépendante du lieu de Jupiter dans son orbite,et qui ferait retarder les éclipses de ses satellites, depuis sonpérihélie jusqu’à son aphélie , et au contraire avancer depuisson aphélie jusqu’à son périhélie. Car toutes choses d’ailleurségales, la distance de Jupiter à la terre va en croissant dansle premier cas, et en décroissant dans le second. Et cette dii-
Ci), Mémoires de l’Académie , 1708.