584 HISTOIRE
n’arrive point ; l’objet paroît confus et semble passer successi-vement par toutes les distances moindres que celle où l’œil nudle jugeroit. Ainsi, dit Smith, il faut chercher une autre solutionou un autre principe sur la distance apparente des objets ; etvoici le principe qu’il propose et qu’il tâche d’établir. 11 pensequ’un objet vu par réfraction ou par réflexion, paroît toujours àune distance à laquelle on le jugeroit s’il paroissoit à l’œil nud dela même grandeur qu’à travers le verre ou dans le miroir. Ainsipour rendre ceci sensible par un exemple, lorsqu’à l’aide d’uninstrument optique, on voit l’objet double, il paroîtra rapprochéde la moitié. Lors donc que, dans l’expérience du docteurHarrow , on regarde au travers d’un verre convexe , un objet situéau-delà de son foyer, l’œil étant près du verre, on voit cet objetconfusément, par les raisons connues de tout le monde ; maison le voit sensiblement de la même grandeur, et conséquem-ment on le juge à la même distance. Eloigne-t-on l’œil du verre,l’apparence de l’objet, quoique de plus en plus confuse, aug-mente : il semble approcher jusqu’à ce qu’il paroisse tout prochede l’œil.
Voilà l’expérience du docteur Barrow, assez heureusementexpliquée ; et Smith prétend que son principe satisfait de mêmetoutes les expériences que l’on peut proposer. Mais, dit Mon-tucla , c’est un point sur lequel je ne saurois être entièrement deson avis. Je conviens qu’un objet vu au travers d’un télescope ,paroît d’autant plus rapproché, qu’il est plus augmenté, et aucontraire. Mais lorsque je considère un objet au travers d’unelentille convexe, ou dans un miroir convexe ou concave, je croisapercevoir tout le contraire de ce que prétend Smith. Tous lesopticiens , je pense, 'ont regardé jusqu’ici comme certainque les images des objets vus dans un miroir convexe, paroissentmoins éloignés de sa surface que les objets même, et au con-traire dans Tes miroirs concaves} et la chose me paroît ainsi, qnel-qu’effort que je fasse pour me la représenter autreinement. Je croisaussi pouvoir démontrer que lorsqu’on voit un objet au traversd’un verre convexe, on le juge plus éloigné qu’à la vue simple ;car , qu’on pose une lentille convexe sur un papier écrit, ou telautre objet qu’on voudra , qu’on le retire vers l’œil, en regardantau travers, on verra l’objet s’éloigner d’une manière très-sen-sible, à mesure qu’il sera plus grossi; que si l’on doute encorequ’un objet vu au travers d’une lentille convexe, paroisse pluséloigné que vu à l’œil nud, voici une autre expérience qui enconvaincra et qui m’a servi à convaincre quelques personnes quis’étoient d’abord décidées pour le contraire. Je les invitai àregarder de haut en bas au travers d’une pareille lentille, lebord d’une table, et de tâcher ensuite avec le doigt de le toucher.