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Tome I.
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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

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on peut se dispenser d’avoir du mérite pour parvenir : la catégorie danslaquelle on se trouve suffit pour vous porter. Sous le régime de l’égalité, fon est jugé suivant d’autres règles. Les hommes y sont classés selon leurmérite, et quand le mérite leur manque, ils sont classés sévèrement.

C’est alors que les législateurs, les administrateurs de la chose publiquequi demeurent étrangers aux principes de l’économie sociale, courent lerisque d’être assimilés à ces charlatans en médecine, qui, sans connaîtrela structure du corps humain , entreprennent des guérisons, des opéra-tions qui coûtent la vie à leurs malades, ou les exposent à des infirmitésquelquefois pires que la mort. L’homme d’État ignorant doit être détesté,plus que le charlatan lui-même, si l’on compare l’étendue des ravagescausés par leur impéritie.

Ce n’est pas tout : dans le traitement du corps humain, l’effet suit im-médiatement la cause, et l’expérience se répète tous les jours. Sans con-naître la nature du quinquina ni celle de la fièvre, nous savons que cemédicament guérit cette maladie, parce que l’expérience en a été millefois répétée, parce qu’on a pu dégager l’action d’un spécifique, de l’actionde tous les autres remèdes, et savoir ainsi quel est celui auquel on devaitattribuer la guérison. Mais dans l’économie des nations, on ne peut, sansdanger, suivre les conseils de l’empirisme ; car on n’y est pas maître derépéter les expériences, et jamais on ne peut les dégager des accessoiresqui exercent quelquefois une telle influence, qu’ils changent absolumentles résultats. C’est ainsi que la prospérité croissante de l’Europe, depuistrois siècles, a été attribuée par l’ignorance, aux entraves mises au com -merce ; tandis que les publicistes éclairés savent qu’on en est redevableaux développements de l’esprit humain et de l’industrie des peuples. Cettevérité ne peut être empiriquement prouvée; elle ne peut sortir que de lanature des choses et d’une analyse exacte : il faut donc connaître cettenature des choses, et l’on peut dire qu’il n’est aucun genre de connaissancesoù l’expérience puisse moins se passer de la science.

C’est pour cette raison qu’il est aisé de prévoir que les publicistes quinégligeront de se tenir au courant des progrès récents de l’économie po-litique , partageront le discrédit des hommes d’État qui la négligeront.Tout écrivain qui travaille pour l’instruction générale, exerce une sortede magistrature dont l’autorité est proportionnée à ses connaissances et àses talents. Quelle confiance peut mériter un publiciste qui ne connaît pasla matière dont il raisonne, c’est-à-dire le corps social vivant? Il est permisde croire qu’avant peu il sera honteux de ne pas connaître les principes