Band 
Tome I.
Seite
38
JPEG-Download
 

S 8

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

principes devant les circonstances; l’action de celles-ci peut exercer par-fois une influence supérieure à l’action même des causes principales. Lesrègles de l’art de guérir indiqueraient la saignée dans un certain cas ; mais,si dans la situation où se trouve le malade, le danger de la saignée l’em-porte sur celui de la maladie, il serait peu sage d’y avoir recours. Les par-tisans les plus zélés de la liberté du commerce n’ont jamais conseillé derenverser imprudemment des entraves qu’ils regardent cependant commetrès fâcheuses.

Ce n’est donc pas raisonner sagement que de s’élever contre les prin-cipes d’une science sur ce motif qu’il peut être dangereux de les appliquerà contre-temps. La science elle-même fournit d’importantes directionspour déterminer les cas où les principes sont, appliquables, et ceux où ilne convient pas de les appliquer.

On a dit que l’économie sociale présente des questions insolubles; quecelle de l’utilité du luxe, par exemple, n’est pas encore résolue '. Elle nel’est pas en effet, mais c’est pour ceux qui n’ont pas assez étudié les pre-miers principes de la science. Quiconque s’est formé une idée complète duphénomène de la production, quiconque a analysé les effets des diversessortes de consommations, sait fort bien ce qu’il doit penser du luxe. « Le« désir d’arriver d’un saut aux derniers résultats et aux conclusions pra-« tiques de l’économie politique, a dit M. Mac Ctdloch 2 , est l’erreur corn-et mune de ceux qui ne sont pas assez avancés dans cette élude. » Si lascience présente des incertitudes, ce n’est donc pas à ceux qui l’étudientqu’il faut s’en prendre ; mais à ceux qui ne l’étudient pas. Et ce qu’il y ade pis, c’est que ceux qui ne l’étudient pas sont les plus prompts à trancherles questions, et à donner des explications fort ridicules des phénomènesqu’ils reprochent aux autres de ne pas bien expliquer. Ceux qui reprochentaux médecins d’être hors d’état de connaître la cause d’une maladie, sontles premiers à l’attribuer aux humeurs, aux nerfs, sans savoir en quoiconsistent les humeurs, sans pouvoir dire quelles sont les fonctions dusystème nerveux, ni le reste.

Mais quand il serait vrai que plusieurs phénomènes économiques ne fus-sent pas encore suffisamment expliqués, est-ce un motif de repousser les

' Voyez Tablettes universelles , 42° livraison, et plusieurs autres ouvrages cri-tiques. Leurs auteurs prétendent tous avoir lu les bons auteurs ; mais la manièredont ils en parlent prouve qu’ils les connaissent imparfaitement.

! .4 Discourse on pnlitical Eronomy, page 77.