Band 
Tome I.
Seite
235
JPEG-Download
 

235

DES FAIRE-VALOIR, FERMES ET METAIRIES.

en Angleterre, malgré l’infériorité du terroir, produit 28'. Et il est loinde croire que les terres de son pays soient aussi bien cultivées qu’ellespourraient l’être. Entre Châlons-sur-Marne et la Loge, le même voya-geur remarqua des terres louées pour vingt sous l’arpent, qu’il jugeaitsusceptibles de produire pour 72 francs de sainfoin. Il pense que lesfriches du Bourbonnais, de la Sologne, du Maine, de l’Anjou, de la Bre-tagne et les landes de Bordeaux pourraient facilement être convertiesen prairies artificielles et nourrir de nombreux troupeaux. Il affirme quenos terres labourables, dont le produit commun n’excède pas 5 à 6 grainspour un, pourraient en donner 10 4 . Cet auteur n’était point un agricul-teur de cabinet; c’était un vrai cultivateur; aussi convient-il en mêmetemps que, pour accroître le revenu des terres, il faut des lumières, del’expérience, de la prudence, de l’esprit de suite et de l’activité.

Tels sont les immenses progrès dont l’art agricole est susceptible enFrance, et ces progrès seraient beaucoup accélérés si l’on voyait plus sou-ventlespropriétaires aisés faire valoir par eux-mêmes leurs terres. D’autresmotifs encore devraient les porter à prendre ce parti. Si l’on gagne moinssur sa terre, on y vit plus économiquement; et celle raison devrait déter-miner surtout les familles nombreuses. Si ce genre d’affaires exige dessoins multipliés, il présente des occupations sans cesse variées, et laissequelques doux loisirs/Ce qu’un propriétaire aisé et économe fait pouraméliorer son bien, lui demeure ; toutes ses économies lui profitent. Il ades vues plus étendues que le fermier; il est plus facilement en relationavec la partie éclairée de sa nation. Il ajoute à ses bâtiments, à ses clôtures;il abreuve sa terre par des irrigations, ou bien il la dessèche par des fossésd’écoulement. Ces dépenses sont dés économies, puisqu’elles élèvent lavaleur du fonds. Enfin, le charme de la propriété, le plaisir d’améliorer,d’embellir le sol qui lui appartient, de travailler pour ses enfants, de s’em-parer d’un tèmps qu’on ne doit point voir et d’agir encore lorsqu’on nesera plus,{suivant l’expression heureuse de M. de Sismondi) tout cela n’a-t-il donc pas son prix ?f

' Il est probable que, depuis 1789, l’agriculture française a fait de grands pro-grès; cependant la Sologne et la Champagne pouilleuse sont encore au mêmeétat; et, quant aux provinces améliorées, comme l’agriculture anglaise a fait degrands progrès de son côté, on peut supposer que le rapport dans l’état de l’avan-cement est encore à peu près le même dans les deux pays.a Tome II de l’Anglais, page 96.