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Tome I.
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CULTURE DU SUCRE; ESCLAVAGE DES NEGRES.

24 !)

Convenons-en : il résulte de tout cela un système de corruption vicieux,et qui s’oppose aux plus beaux développements de l’industrie. Un esclaveest un être dépravé, et son maître ne Test pas moins ; ni l’un ni l’autre nepeuvent devenir complètement industrieux, et ils dépravent l’homme librequi n’a point d’esclaves. Le travail ne peut être en honneur dans les mêmeslieux où il est une flétrissure. L’inactivité de l’esprit est, chez les maîtres,la conséquence de celle du corps ; le fouet à la main, on est dispensé d’in-telligence'.

Les hommes qui, soit en Europe, soit aux îles, sont intéressés ou seu-lement habitués au genre d’exploitation qu’on y a suivi jusqu’à présent,et que l’on suit encore dans toutes celles qui ne sont pas émancipées, ap-portent en preuve de l’excellence de ce régime l'autorité de l'expérience,en disant : «Voyez la prospérité où s’étaient élevés, sous le régime de l’es-« clavage, Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, la Jamaïque,« Cuba, etc. Est-ce un mauvais mode d’exploitation que celui que cou-« ronne le succès? »

Messieurs, en économie politique, les causes sont si nombreuses, etagissent d’une manière si compliquée, que les demi-savants, les observa-teurs superficiels s’y méprennent souvent. Deux faits qui marchent en-semble leur paraissent tenir l’un à l’autre ; et leur conviction est quelque-fois si forte, qu’ils s’étonnent de votre incrédulité, et s’en irritent. Je nepense point que ce qu’on se plaît à appeler la prospérité des colonies dugolfe mexicain, soit le résultat de la manière dont elles étaient, et dontquelques-unes sont encore exploitées. Je croirais à leur prospérité, si,abandonnées à leurs propres moyens, sans le secours et les dépenses desgouvernements européens, sans les capitaux qu’y apportent journelle-ment les spéculateurs de leurs métropoles, et sans le monopole que leurassurent les droits qu’on asseoit sur les produits semblables aux leurs,j’avais vu leur population doubler tous les vingt ans, ainsi qu’on Ta vudans des colonies devenues indépendantes. Mais telle quelle, celle pros-périté a été beaucoup moins grande qu’elle n’aurait dû l’être dans les cir-constances extraordinairement favorables où se sont trouvées les coloniesdes Eurepéens.

' Je ne peux entrer ici dans des détails qui prouveraient la détestable influencemorale et politique de l’esclavage domestique. Ge sujet a été admirablement bientraité par Charles Comte, dans son Traité de Législation, liv. V.