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Tome II.
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CINQUIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.

Plusieurs écrivains des plus recommandables de notre temps, notam-ment Ricardo en Angleterre, ont blâmé la définition que j’ai donnée desrichesses, lorsque j’ai dit qu’elles se composent de la valeur des chosesque l’on possède. Ce n’est point leur valeur, disent-ils, c’est la quantitéd’utilité qui réside en elles qui en fait des richesses ; et ils citent à l’appuide leur opinion, Adam Smith, qui maintient avec raison qu’un homme estriche ou pauvre selon le plus ou moins de choses nécessaires , utiles ouagréables à la vie, dont il peut se procurer la jouissance. Ces auteurs ne sesont pas aperçus que je soutiens précisément la même thèse, en disantque la richesse est en raison de la valeur de ce que l’on possède. N’est-cepas en proportion de la valeur de ce qu’on possède que l’on peut se pro-curer plus ou moins de ces choses nécessaires, utiles ou agréables?

Maintenant, ce que j’ai dit sur ce qui fait une richesse plus ou moinsgrande, je le dis des revenus, qui sont plus ou moins grands, selon laquantité plus ou moins grande des choses qu’ils peuvent nous procurer.C’est pour la même raison encore que, si nous remontons plus haut à lasource de tous les revenus, aux services productifs que rendent nos terres,nos capitaux, ou notre travail, nous trouvons qu’ils valent d’autant plusque les produits, même ceux auxquels ces services ont concouru, sont àmeilleur marché '. Les services sont le prix auquel on achète les produits.Plus on obtient de produits, directement (en les produisant) ou indirecte-ment (en les achetant), avec les services d’un jour, d’un mois, d’une année,• et plus ces services, ou le prix qu’on en obtient, ont de valeur.

C’est sur ce principe qu’est fondée la doctrine qui représente la richessepublique comme d’autant plus grande que tous les produits sont, à qua-lités égales, à plus bas prix. Nous serions infiniment riches, si tout ce quenous pouvons désirer n’avait aucune valeur; tout comme nous serions in-finiment pauvres, quel que fût le nombre de nos millions, si tous les ob-jets que nous aurions envie de consommer étaient infiniment chers.

Cette doctrine nous met en état de prouver des vérités qui ont été en-trevues dans d’autres temps par des esprits judicieux, mais dont il leurétait impossible de se rendre raison à eux-mêmes, et qu’ils étaient encoremoins en état de prouver aux autres. Vauban, que je regarde comme unde ces esprits judicieux, nous dit, dans sa Dixme royale, que la vrai ri-

1 Voyez le chap. 5 de la III e partie, où sont consignés les principaux fonde-ments de cette doctrine.