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NEUVIÈME PARTIE.
moment où les matières économiques étaient le principal sujet de leursentretiens, Adam Smith n’ait réformé les idées imparfaites qu’il pouvaitavoir, et conçu différemment plusieurs parties de sa doctrine. On peutl’inférer du moins du soin minutieux qu’il a pris de détruire tout ce qu’ilavait écrit sur l’économie politique avant cette époque et notamment latotalité des cahiers sur lesquels il avait professé cette science à Glasgow.
De retour de France en 1766, il se retira dans la petite maison qu’oc-cupait sa mère au village de Kirkaldy, à quelques lieues d’Edimbourg,au-delà du golfe que domine celte cité. C’est dans la retraite qu’un philo-sophe se retrace nettement ce qu’il a observé, qu’il juge par induction dece qu’il n’a pas vu, et en tire d’importantes vérités. C’est là qu’il entre encommunication avec le monde entier, dont la société ne lui offre que desparties. C’est là qu’Adam Smith composa ses Recherches sur la nature etles causes de la richesse des nations, ouvrage qui élève l’économie politiqueau rang des sciences positives, par le soin qu’il a pris de ne jamais fonderun raisonnement que sur l’observaûon et l’expérience. S’il énonce unevérité générale, celte proposition abstraite n’est que l’expression com-mune de plusieurs faits réels. De cette manière, il ne s’égare jamais dansdes suppositions gratuites, ni dans des conjectures hasardées, ni dans desraisonnements déduits les uns des autres où Ton ne tient pas assez decompte des circonstances qui influent sur les résultats sans influer surl’argumentation. C’est ainsi qu’il a soumis à son examen la plupart desquestions qui intéressent l’économie des nations. S’il ne les a pas toutestraitées, c’est parce qu’il n’a pas soumis à un examen systématique l’en-semble de la science, arrangement qui lui eût fait apercevoir les lacunesqu’il a laissées, et qui a été essayé par un de ses élèves, mais non de sesconcitoyens ; en supposant toutefois que les hommes qui s’occupent dubien de l’humanité ne soient pas tous concitoyens entre eux.
C’est ainsi qu’Adam Smith n’a pas analysé complètement les procédésgénéraux de la production, de la distribution et de la consommation desrichesses. Leur nature même n’est nulle part dans son ouvrage clairemmtexpliquée, et les différentes propriétés de celte qualité si variable et sifugitive, qu’on appelle la valeur, n’y sont pas déterminées d’une manièresatisfaisante. La théorie de la production commerciale y est oubliée,demême que la théorie des échanges, qui rend les nations intéressées au
1 La théorie des sentiments moraux qui servait à une autre partie de sonen-gnement, et quelques essais de moins d’importance, ont seuls été conservés