LIVRE CINQUIEME.
425
CHAPITRE V.
DE LA DÉCOUVERTE DE LA PESANTEUR UNIVERSELLE.
Après avoir montré par quels efforts l’esprit humain est parvenuà découvrir les lois des mouvements célestes, il me reste à fairevoir comment il s’est élevé au principe général dont elles dérivent.
Descartes essaya, le premier, de ramener la cause de ces mou-vements à la mécanique. Il imagina des tourbillons de matièresubtile, au centre desquels il plaça le soleil et les planètes. Lestourbillons des planètes entraînaient les satellites; et le tourbillondu soleil emportait les planètes, les satellites et leurs tourbillons.Les mouvements des comètes, dirigés dans tous les sens, ont faitdisparaître ces tourbillons divers, comme ils avaient anéanti lescieux solides et tout l’appareil des cercles imaginés par les anciensastronomes. Ainsi Descartes ne fut pas plus heureux dans la mé-canique céleste que Ptolémée dans l’astronomie; mais leurs tra-vaux sur ces objets n’ont point été inutiles aux sciences. Ptolémée nous a transmis, à travers quatorze siècles d’ignorance, les véritésastronomiques cpie les anciens avaient trouvées, et quil avait ac-crues. Quand Descartes vint, le mouvement imprimé aux espritspar les découvertes de l’imprimerie et du nouveau monde, parles révolutions religieuses, et par le système de Copernic , les ren-dait avides de nouveautés. Ce philosophe, substituant à de vieilleserreurs des erreurs plus séduisantes, soutenues de l’autorité de sestravaux géométriques, renversa l’empire d’Aristote , qu’une philo-sophie plus sage eût difficilement ébranlé. Ses tourbillons, accueil-lis d’abord avec enthousiasme, étant fondés sur les mouvements
de la terre et des planètes autour du soleil, contribuèrent à faire
54
TOME VI.