'136 Lettres
caractère. Tout y est nu ; les débris des rochersenvahissent l’espace. Ce ne sont plus que deshabitans isolés & pauvres. A Leugelbach, 1spaysage veut sourire, deux torrens se parta-gent , s’adoucissent &, séparés en rameaux, cop-pent la prairie, la raniment ; les sommets &les pentes se couvrent de bois, la Limmatmurmure , coule & reçoit compíaisammentíes ruisseaux voisins. Le terme de ma courseétoit au pont de Banten, ouvrage hardi cons-truit en pierre, & élevé sur un gouffre de troiscents pieds de profondeur. Aux approches , lacampagne avoit éprouvé une métamorphoseelle étoit redevenue sauvage ; les arbres pressésíembloient vouloir fermer les avenues du gouffre.A-côté du pont est la source de la Lint. La hau-teur de la chute forme une cataracte terrible,mais trop resserrée. Un glacier nourrit & poussecette masse d’eau , qui tombant de hauteurs esthauteurs, & toujours refoulée , acquiert cetteforce effrayante quelle déploie auprès dupont. Vous ne pouvez la considérer.long-temsíle bruit est affreux, la rapidité de fa chute,donne des étourdissemens. Le pont est jeté futles deux bouts des Alpes , & semble les enchaînerF une à l’autre. On vante la hardiesse des Cons*trusteurs Romains. Ceux de la Suisse peuventsoutenir la concurrence.