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Tome II.
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278 Lettres

ne conviennent qu’à de grandes Monarchies»Un Roi les protège, parce qu’il sacrifie le pré-sent à l’avenir ; il le peut sans s’obérer. Maisune Régence helvétique, qui n’a que des bras,n'ose s’occuper d’un travail, que fa pénurie luirend impraticable. Elle craint d’inviter desColons étrangers ; elle craint encore plus denouvellesri chesses. Le Magistrat sçait trop quele modeste revenu de sa dignité seroit bientôteffacé par le luxe des Négocians. II est accou-tumé à voir fa pauvreté respectée : il ne sçaitpas qu’un Négociant riche pourroit être un ver-tueux Magistrat.

Les voyageurs offrent un revenu à la Suisse,Malheur à tous les Etats qui, dans leurs Cal-culs, 11e placent point ce casuel! C’est sur l’aug-mentation de ce bénéfice, qu’une Nation recon-noît la beauté de son Ciel, la douce tempé-rature de son climat, la fertilité de son lbl,& l'amabilité de ses Habitans; c’est alors qu’iî,lui est permis d’avoir un sentiment d’orgueil,& de prendre quelque confiance en elle. LePeuple , qui ne doit qu’à ses Artistes & à sesMonumens, l’afîluence des Etrangers, s’accou-t urne à chérir les Beaux-Arís, & ne négligeaucun des moyens'pour attirer les regards deses voisins. Combien de Nations ont multipliéleurs lustrions, leurs baladins, leurs chanteurs,