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Tome second.
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82 LIVRE VI, CONDITIONS AUXQUELLES

C’est à cet amour du bien-être, passion des peuples trèscultivés, qu’il faut attribuer les beaux développements quel’industrie a pris chez quelques peuples; c’est à l’absence dece sentiment qu’il faut demander compte des retards qu’elleéprouve en d’autres pays. Je ne doute point que la distanceoù elle peut être encore parmi nous du point où elle est par-venue chez une nation rivale, ne tienne en bonne partie à ladifférence de l’énergie avec laquelle ce sentiment agit chezles deux nations. Nul peuple ne paraît plus possédé que lepeuple anglais du besoin d’accroître son aisance, ses commo-dités, de se procurer, comme il le dit, une existence comfor-table, c’est-à-dire une existence saine et fortifiante, une exis-tence dans laquelle les besoins de la vie matérielle étant sa-tisfaits, l’âme devienne entièrement libre pour la recherchede plaisirs plus élevés. Cette passion domine chez lui les hom-mes laborieux detoutes les classes; c’estellequi préside a tousleurs travaux, qui en accélère de plus en plus le mouvementet l’activité, qui les dirige constamment vers un but utile :elle est l’âme de leur industrie et la principale cause des pro-grès immenses qu’elle a faits.

Ce n’est donc pas sans raison que je place la passion dubien-être au nombre des premières vertus privées de l’hommeindustrieux.

Il en est une pourtant qui paraîtrait plus nécessaire encoreà ses progrès, surtout dans les classes inférieures : c’est cettesorte de retenue et de prudence qu’il a besoin de s’imposer,cette sorte de violence qu’il est obligé de se faire, non pours’interdire le mariage, car je ne saurais admettre que, dansaucune classe, on soit obligé de s’abstenir de se marier, maispour soumettre l’usage de cette union, ainsi que le reste desactions humaines, aux règles d’une morale saine et sensée.

J’écarte l’idée qu’un homme ne doive se marier que lors-