Band 
Tome second.
Seite
310
JPEG-Download
 

310 LIVRE VIII, Cil. III. DE LA LIBERTÉ

sur les laboureurs en les disséminant et en les isolant dansles campagnes, ou le voiturage sur les voituriers en les li-vrant à de perpétuelles pérénigrations.

Nous avons vu que l’industrie voiturière, en faisant voya-ger ses agents, pouvait produire sur eux des effets considé-rables : comment la fabrication tend-elle à modifier les siens,en les réunissant en grand nombre et à demeure dans leslieux resserrés où elle exécute ses fonctions ?

Il semblerait, au premier aspect, que cette situation parti-culière dans laquelle elle les place ne doit être favorableni à leur santé, ni à leurs mœurs, ni à leurs habitudes ci-viles.

Et d’abord, on croirait que cet extrême rapprochement oùelle les oblige de se tenir, et cette vie sédentaire qu’elle leurimpose, que le défaut d’exercice d’une part, et d’un autrecôté l’air souvent vicié des ateliers et les émanations souventdélétères des matières sur lesquelles on y travaille, doiventavoir pour effet d’énerver leur corps et de nuire à l’entretiende leurs forces physiques.

Par cela même que cette situation semble tendre à dimi-nuer leurs forces, on dirait qu’elle doit aussi les livrer davan-tage à l’empire de l’imagination et des sens; il semble que,dans ce contact perpétuel où ils vivent, leurs passions doiventêtre plus vivement excitées, qu’ils doivent être plus enclins àl’intempérance, à l’ivrognerie, à la luxure, au luxe, et donnerplus fréquemment dans des écarts de régime et de conduite.

Enfin, cette même situation, qui les expose davantage àcontracter de certains vices, semble devoir aussi les exciterdavantage à recourir à la violence pour s’enrichir. On pour-rait croire que leur réunion en plus ou moins grand nombredans des espaces peu étendus doit avoir pour effet de lesdisposer à l’injustice, et peut-être ne faut-il attribuer qu’à