19,5
troupeaux , uniquement occupés à faire le fro-mage qui les nourrit; et ils y vivent gais, sainsde corps et d’esprit, toujours contens de la na-ture et d’eux-mêmes, autant élevés, par l’inno-cence et la simplicité de leur vie, au-dessus destristes passions qui nous agitent, qu’ils le sontpar leur position même, au-dessus de l’épaisseatmosphère de nos cités. Je pris au milieud’eux un repas assaisonné d’un excellent lai-tage qu’ils m’offrirent; je fus témoin de leurstravaux et de leurs doux ébats; et ce ne fut passans regret que je m’éloignai de ces hommes, siheureux au sein des privations les plus dures,si prodigues du peu qu’ils possèdent, et dont leseul aspect nous apprend mieux que tous leslivres de nos philosophes, que l’homme, dansun dénument absolu, se suffit toujours à lui-même.
Le canton de Glarus forme une longue val-
O
lée transversale, qui coupe presque à angledroit la grande chaîne des Alpes . Cette vallée,depuis son ouverture, près du hameau de Bil-ten , jusqu’aux glaciers du Dœdi , où elle se ter-mine en quelque sorLe avec la nature animée,se prolonge l’espace de quinze lieues, sur unelargeur d’à peine une demi-lieue, dans toutecette étendue. Trois vallons latéraux, creusés,comme d’énormes crevasses, dans la direction