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Reinhart (1), demandé qu’on voulût bien me laisser examiner , etpeut-être dessiner, les dépouilles conquises sur Charles-Ie-Témé-raire. L’obtention de cette faveur n’était pas sans difficulté ; d’abordparce qu’on a l’habitude à Berne de n’exposer ces objets que tousles cinq et six ans, lors de l’ouverture de la diète; ensuite, parceque ces tentures exigeant pour être déployées beaucoup de place, ilfallait en quelque sorte s’emparer de la cathédrale. Or, comme ils’agissait de les y laisser pendant un temps assez considérable , leurexhibition pouvait gêner les cérémonies religieuses. Tous ces obsta-cles , monsieur le ministre, furent aplanis par les commissaireschargés de la conservation de ces derniers débris de la puissante mai-son de Bourgogne , et tout le temps nécessaire me fut accordé pourles faire dessiner. A l’heure qu’il est, quatre jeunes artistes bernois,MM. Jules de Sultzer, Yon-Arx, Durheim et Bergner, sont occupésà ce travail, qui est immense. En effet, malgré les dévastations dutemps et celles des hommes, le trésor de la cathédrale de Berne contient encore cinquante quatre objets provenant du Téméraire.On y remarque dix tapisseries (dont deux ont environ trente pieds delongueur), représentant, les unes , quelques traits de la vie de Tra-jan ; les autres (celles-ci viennent, je crois, de Lausanne ), la vie desaint Vincent, patron de la cathédrale de celte ville; les dernièresenfin, les conquêtes de César.
Toutes ces vénérables tentures sont accompagnées de légendesexplicatives en français, en vieil allemand , en latin, et retracent avecla fidélité d’un tableau contemporain les meubles, les armes, l’ar-chitecture, le costume de la cour de Philippe-le-Bon . Il y a mieux:César, dans celles qui représentent la vie de ce héros , est toujoursle véritable portrait du duc lui-même. Les autres personnages, Pom-pée, Brutus , Caton, etc., offrent au spectateur celui des grandsseigneurs de la cour de Bourgogne , ainsi que j’espère pouvoir leprouver d’une manière certaine dans l’ouvrage auquel le dessin deces tentures est destiné.
J’ai profité aussi de l’exposition de tout ce que contenait le trésorde la cathédrale pour prendre copie d’autres objets , dont quel-ques uns sont du plus haut intérêt. Il y a surtout, en outre deplusieurs cottes d’armes blasonnées, de manteaux de parade éblouis-sants d’or et de velours, de tapis de pied grandioses, de drapeauxmarqués d’un double C et de la croix de Bourgogne, d’ornementssacerdotaux du quatorzième siècle, etc.; il y a surtout, dis-je, quatreparements d’autel, avec des figures brodées, qui sont d’une haute an-tiquité. Un d’entre eux , représentant la Passion , remonte environau quinzième siècle, un autre au treizième; les deux derniers,dont les broderies sont exécutées dans le style des figures byzanti-nes , doivent être au moins du douzième siècle.
Enfin, monsieur le ministre, je fais exécuterait Musée de Berne unfac-similé, aussi exact que possible, d’un objet qu’on a jusqu’ici ap-pelé le prie-Dieu du duc de Bourgogne , et qui servait très certaine-ment dans la chapelle de ce prince, mais que je ne sais trop sous quelnom désigner. Rien de plus riche que cet ornement, dont la dimen-sion est d’environ deux pieds carrés, et qui ressemble à la couver-