LÀ DUCHAiSE DE LORÀINNE A
( MANUSCRIT 3S 9 . )
Per maintes fois aurai esté requiseKe ne chantai ensi com je soioie ,
Ke tant per seux aloignie de joieKe je vodroie estre muels entreprise.
A mien veut moroie en iteil guisseCom fist celle cui resembleir voldroie :Dido ke fut por Eneam occise.
Biaus douls amins, tout à vostre deviseKe ne fis-je tandis com vos avoie!
Gens vilainne, cui jetant redoutoie,M’ont si greveit et si arière mise >C’ains ne vos pot merir vostre servixe.S’estre pooit, plux m’en repentiroieC’Adam ne fist de la pome c’ot prise . 5
* La duchesse de Lorraine à laquelle on doit cette chanson me semble être Gertrude ,fille d’Albert de Vashbourg ou Dabo , devenue en 1201, par la mort de ses deux frères ,qui périrent de Leurs propres mains dans un tournois, héritière des nombreux domaines desa famille. (Voyez pour ce fait les recherches archéologiques et historiques sur le comte deDashbourg, par M. Beaulieu ; Paris , M 1 » 15 Lenorraant, i836.) Mariée en 1206 au fils deFrédéric, duc de Lorraine , Gertrude devint veuve en 1220 et fut recherchée alors par Thi-baut le chansonnier, comte de Champagne , qui ne tarda pas à faire casser leur union, sousprétexte de stérilité et de parenté. Libre de nouveau, Gertrude contracta un troisième ma*riage avec Simon de Leiniogen et mourut en 1225 sans laisser d’enfants.
Ce qui me fait conjecturer qu’on lui doit la chanson que Je publie, c’est d’abord son ma-riage avec Thibaut : ce prince était un homme d’esprit, un écrivain distingué; il auravoulu épouser une femme dont les qualités intellectuelles répondissent aux siennes, et celle-ci aura probablement puisé dans ses rapports avec lui le goût de la poésie. La chanson dela duchesse de Lorraine , d’ailleurs, bien qu’il paraisse en certains endroits y être questionde la mort de quelqu’un qu’elle regrette, ne serait-elle pas simplement une allusion pure etsimple au divorce que l’ambition de son mari fit prononcer, malgré elle et dont elle futvraisemblablement affligée? La deuxième strophe de notre pièce me paraît singulièrementappuyer celle supposition.