vellement établie entre les Alpes, le Rhône, le Jura et leRhin, et que les exigences de la politique forçaient à ac-cepter l’hospitalité de Sa Sérénité Electorale de Brande-bourg et d’autres princes allemands, de l’Angleterre etdes Provinces-Unies de Hollande l .
Si l’on ouvre, par exemple, la Prusse littéraire del’abbé Denina, on voit que sur dix professeurs, acadé-miciens, recteurs de la colonie française de Berlin,sept ou huit avaient séjourné plus ou moins longtempsdans la Suisse française. Ils y revinrent en assez grandnombre, quand Louis XIV fut entré dans sa période derevers. Cette population lettrée était sans cesse flot-tante entre la Suisse, l’Allemagne et la Hollande; ellen’avait, pour ainsi dire, pas de patrie, puisque la Francelui était fermée. De là cette absence de caractère na-tional, dans le sens strict du mot, chez les écrivains decette catégorie. De là le style si connu sous le nom deStyle réfugié. La littérature de la Suisse française negagna pas à ces incertitudes. Maint homme de lettresqui d’abord s’était fixé chez nous, qui avait commencéd’y prendre racine et d’y exercer de l’influence, allachercher fortune ailleurs. C’était un peu avant cetemps que l’illustre Bayle, Yhonneur des beaux esprits,comme on l’appelait, avait habité le château de Coppet,en qualité de précepteur du jeune comte de Dohna.
1. Lisez les XVI Articles moyennant lesquels sa Sérénité Electo-rale accorde aux Français réfugiés dans le canton de Berne les pri-vilèges dont ils y jouissaient. Ces articles sont datés de Colognesur la Sprée, le 13 mars 1699.