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Etudes sur l'histoire littéraire de la Suisse française : particulièrement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle / par E.-H. Gaullieur
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sait très-médiocrement, à quelques exceptions près.Elle avait à un haut degré le sentiment littéraire, etdéjà en Hollande elle avait composé quelques essais,un conte intitulé le Noble, et divers portraits, genrealors fort à la mode. Elle navait fait quentrevoir lasociété de Lausanne, elle avait été présentée, et cettesociété lui avait laissé une impression qui nétait pas àlavantage de celle de Neuchâtel. Celle-ci lui paraissaitégoïste, préoccupée de choses mesquines, tracassière.

« trouver, écrivait-elle à un ami, quelque enthou-siasme, quelque persuasion que lhomme peut valoirquelque chose? Limagination se dessèche en voyant toutce qui est, ou bien on se croit fou, quand on sest émuquelques moments pour ce quon croyait qui pouvaitêtre. Le temps dune certaine simplicité romanesque decœur sest prolongé pour moi outre mesure ; mais peut-il durer toujours et malgré la sécheresse de ma situa-tion? En fait de littérature, hors M. du Peyrou , quidicte presque tous les jours à son valet de chambre unbillet, pour moi, et à qui jécris aussi presque tous lesjours, il ny a personne que je puisse occuper un quartdheure de suite de ce qui mintéresserait le plus vive-ment. Quand il sagirait dun livre comme lEsprit deslois, personne ny prendrait garde quen passant. Le tri-trille', limpériale, les nouvelles de France, absorbenttout. Je vous dirai franchement que Colombier estdans ce moment un vilain endroit, bien boueux, lebruit des gerles ou vases de vendange, cahotant sur

i. Sorte de jeu de cartes alors à la mode.