des mœurs étrangères. Il était de mauvais Ion de s’occu-per de ce qui se passait dans notre propre foyer. Cettetendance, secondée par la politique desgouvernements,qui aimaient à voir les sujets s’intéresser aux choses dudehors plutôt qu’aux leurs propres, était brusquementfroissée par l’apparition des Lettres de Lausanne et desLettres Neucliâteloises, qui constituaient une véritableréaction en faveur de la nationalité et de la littératurenationale. De là tant de colère et d’injustice. Quoi demoins fondé, par exemple, que le reproche qu’on adres-sait à M mc de Charrière de ne pas parler le français,parce qu’à dessein, et pour donner à ses livres un ca-chet plus vrai, elle y avait glissé quelques idiotismes.M. Sainte-Beuve a rendu justice à ce style : « C’est dumeilleur français, du français de Versailles, que celui deM me de Charrière. Elle ne paie presque en rien tributau terroir 1 .
Dans une seconde édition des Lettres Neucliâteloises(car la mauvaise humeur et la susceptibilité des coteriesne nuisirent pas au succès), M me de Charrière plaça quel-ques vers en guise d’apologie :
Peuple aimable de Neuchâtel,
Pourquoi vous offenser d’une faible satire ?
De tout auteur c’est le droit immortelQue de fronder peuple, royaume, empire ;
S’il dit bien, il est écouté,
On le lit, il amuse, et parfois il corrige.
I. Notice sur M me de Charrière, en têle d’une nouvelle édition deCaliste. Paris, 1845.