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Etudes sur l'histoire littéraire de la Suisse française : particulièrement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle / par E.-H. Gaullieur
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terrible) formuler le moindre grief, le moindre re-proche.

Ces deux compositions sont très-remarquables, bienque la morale et la conclusion en soient un peu com-promettantes pour linstitution du mariage. Lidéal dubonheur conjugal y est un peu sacrifié. Les penséessélèvent parfois jusquà la plus haute philosophie.Il y a aussi un côté pratique, politique, social, dans leMari sentimental. Bompré, tout en racontant à son amiSaint-Thomin ses déceptions conjugales, soccupe deses fermiers, de létat des paysans du Pays de Vaud.Il parle des abus de ladministration, des vices dupeuple, des défauts de la législation, des fautes du gou-vernement bernois. Il aborde les questions les plus ar-dues, celles de la richesse, de la pauvreté, de la pro-priété. La nature franche et hardie de M rae de Charrièreaimait à se jouer des difficultés que la société arti-ficielle et timorée de son temps nosait pas même en-trevoir.

Le Mari sentimental excita un orage plus violentencore que les ouvrages qui lavaient précédé. On pré-tendait reconnaître loriginal de M. et de M me Bompré.Un M. Caillai, qui avait épousé une demoiselle de Cha-peaurouge de Genève, était mort volontairement àAubonne, tout près dOrbe, quelque temps auparavant,à la suite de quelques chagrins, ou plutôt de maux ima-ginaires. M me Caillat, née de Chapeaurouge, crut re-connaître lhistoire de son mari et la sienne dans leMari sentimental. Elle écrivit et fit imprimer une apo-