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terrible) formuler le moindre grief, le moindre re-proche.
Ces deux compositions sont très-remarquables, bienque la morale et la conclusion en soient un peu com-promettantes pour l’institution du mariage. L’idéal dubonheur conjugal y est un peu sacrifié. Les penséess’élèvent parfois jusqu’à la plus haute philosophie.Il y a aussi un côté pratique, politique, social, dans leMari sentimental. Bompré, tout en racontant à son amiSaint-Thomin ses déceptions conjugales, s’occupe deses fermiers, de l’état des paysans du Pays de Vaud.Il parle des abus de l’administration, des vices dupeuple, des défauts de la législation, des fautes du gou-vernement bernois. Il aborde les questions les plus ar-dues, celles de la richesse, de la pauvreté, de la pro-priété. La nature franche et hardie de M rae de Charrièreaimait à se jouer des difficultés que la société arti-ficielle et timorée de son temps n’osait pas même en-trevoir.
Le Mari sentimental excita un orage plus violentencore que les ouvrages qui l’avaient précédé. On pré-tendait reconnaître l’original de M. et de M me Bompré.Un M. Caillai, qui avait épousé une demoiselle de Cha-peaurouge de Genève, était mort volontairement àAubonne, tout près d’Orbe, quelque temps auparavant,à la suite de quelques chagrins, ou plutôt de maux ima-ginaires. M me Caillat, née de Chapeaurouge, crut re-connaître l’histoire de son mari et la sienne dans leMari sentimental. Elle écrivit et fit imprimer une apo-