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M. Chaillet avait pour collaborateur, àParis,Grimod dela Reynière, avocat au Parlement, qui s’est acquis plusd’un genre de célébrité. Grimod était venu en Suisse àla suite de quelques difficultés que la bizarrerie de soncaractère lui avait suscitées avec des conseillers auParlement pour affaires disciplinaires. Riche, spirituel,il avait partout été bien reçu, et s’était lié avec les genslettrés du pays. Il professait pour M mes de Charrière etde Montolieu une vive admiration, qu’il exprimait entermes emphatiques dans une correspondance adresséeà Rétif de la Bretonne, autre original, qu’il appelait sonillustre ami 1 . Rétif lui répondait en termes non moinsenthousiastes. De retour à Paris, Grimod de la Reynièrese chargea de rendre compte, dans le Journal helvé-tique, des spectacles et de toutes les nouveautés drama-tiques. Il prit le titre en quelque sorte officiel de Cor-respondant de ce recueil pour la partie des spectacles,et il s’acquittait de sa mission avec zèle et avec esprit.C’est par Grimod que Chaillet connut Rétif, pour lequelil affecte dans son journal une prédilection qui frise leparadoxe, et qui a souvent été reprochée à ce critiqued’un goût ordinairement irréprochable. Le Rétif étaitle faible, le travers du ministre Chaillet, et BenjaminConstant, dans sa correspondance avec M me de Char-rière, le lui reproche vivement et spirituellement.
M. Chaillet fut le premier à révéler le mérite litté-raire des Voyages de De Saussure dans les Alpes. Sa
1. On trouve ces lettres dans le Drame de la vie, l'un des nom-breux ouvrages de Rétif de la Bretonne.