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monomanie irréligieuse de Voltaire, nous devons recon-naître hautement le beau côté de son caractère, le côtéhumain, qui le faisait prendre feu et se passionner àl’ouïe d’une injustice, au récit d’un acte d’intolérance,de fanatisme, de vengeance politique. Nous le voyonsconstamment disposé à aider, à donner, à prêter, àobliger. Il est bienfaisant par instinct bien plus quepar calcul. Les beaux traits de sa vie sont trop nom-breux et trop connus pour qu’il soit besoin de les citer.Quant à J.-J. Rousseau, la Profession de foi du vicairesavoyard est aux trois quarts chrétienne, et si la théo-logie genevoise du dix-huitième siècle n’avait pas euquelque chose de dur, de cassant, nous dirions presquede pharisaïque, il eût été facile de ramener tout-à-faitJean-Jacques. En y regardant de près, on verrait peut-être que ce morceau fameux n’était que la paraphrase dece qu’on appelait le socinianisme genevois, socinianismequi existait en dépit des dénégations. Représentons-nous cet homme si éminent et si malheureux, touchantpar moments à la démence, en discussion avec un théo-logien comme notre Yinet, par exemple, au lieu d’êtreaux prises avec d’anciens amis, devenus ses adversairesimpitoyables, qui écrivaient des livres comme l’Êira-rnen du Christianisme de Jean-Jacques Rousseau , ets’érigeaient en véritables inquisiteurs *. Il y a quelquechose de choquant, de peu charitable, dans cette pré-
1. Voyez les œuvres de Vernet, de Roustan, de Vernes et de Cla-parède, etc.; les Dialogues sur le christianisme, de J.-J. Rousseau;les Lettres sur le christianisme, de J.-J. Rousseau.