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Nous abordons le chapitre de la poésie. Quand lemarquis d’Argens se moquait des poètes suisses, versle milieu du siècle dernier, il n’avait pas tout-à-fait. tort,surtout si, comme -c’était le cas, il avait en vue lesSuisses français. Quand on lit dans le Mercure Suisseet dans le Journal Helvétique les innombrables piècesde poésie, grandes et petites, que renferment ces re-cueils, depuis le poème didactique et descriptif jusqu’àla simple charade, à l’épigramme soi-disant légère, onreste convaincu que la veine poétique fut longtempsdans les pays romans à peu près stérile. Si la poésieréussit un peu, c’est alors qu’elle est satirique. La ma-lignité prête au poète un peu de souffle et d’élan. Maisil n’v a rien de bien littéraire dans ces essais.
Nous ne voulons parler que de ce qui est impriméet réellement du domaine public. Veut-on avoir uneidée de ce qu’était la poésie française à Fribourg, en1765? Qu'on ouvre le Carnaval de la Barbarie et leTemple des ivrognes, imprimés sous la rubrique de Fezen Barbarie. Ce sont des satires, assurément inspiréespar un but très-louable, celui de condamner les fêtesimitées du paganisme, les longs repas d’où l’on ne sor-tait qu’en état d’ivresse, les danses, les parties de traî-neaux, les amusements profanes en général. Stultorumplenasunt omnia, telle est l’épigraphe du livre.
Le Carnaval de la Barbarie s’ouvre par une scènebachique, dans laquelle des enfants de la joie dissertentsur les plaisirs et l’origine du carnaval. Chacun dit sarâtelée.... Un satvre sort d’un bois, et