empreintes d’une certaine grossièreté. Ces jeunes gensn’avaient accès ni dans l’une ni dans l’autre des deuxsociétés qui tenaient le haut bout et donnaient le tondans la capitale du Pays de Vaud, la société de la ruede Bourg et celle de la Cité. La première, où figuraientles gentilshommes, les officiers au service étranger, lebailli bernois et son entourage, était celle qui avait na-guère accueilli Voltaire, et qui avait continué de jouerla comédie après lui. Elle était douée d’instincts litté-raires, à défaut d’un goût prononcé pour l’étude. Laseconde société, celle que préférait Gibbon, celle oùavait été élevée M lle Curchod, devenue M mc Necker, étaitmoins élevée d’un degré dans la hiérarchie mondaine.Cette société de la Cité, composée essentiellement deprofesseurs, d’ecclésiastiques, de magistrats munici-paux, de quelques avocats et des premiers médecins deLausanne, entre autres de Tissot, le célèbre auteur del’-Am au peuple sur sa santé, n’était pas non plus unegrande ressource pour un jeune homme avide de con-naissances littéraires. Frédéric-César de La Harpe, alorsjeune avocat à Lausanne, et qui ne prévoyait pas encorela fortune qui l’attendait à la cour de Russie, la dépei-gnait ainsi à son patron, le docteur Favre de Rolle :
« L’inerlie de penser et d’agir affecte l’esprit desindividus, celui des grands corps, et même celui qui,dans tous les pays, est regardé comme le dépositaire dela science. La triste pédanterie, l’intrigue, régnent dansl’Académie 1 comme dans son empire. On ne sait qu’y
1. Une chaire de droit avait été ajoutée à l’Académie de Lau-sanne, qui, petit à petit, cessait d’être exclusivement théologique.