UV. V, CHAPITRE IV.
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éloigné. Elle fut retardée par Mohammed-Alhamar, dontle mérite et les vertus rappelaient aux Arabes le célèbreAlmanzor ; il sut créer, avec une persévérance merveil-leuse, un État puissant capable d'opposer aux chrétiens unebarrière formidable. 11 détruisit dans les walis, que lui-même choisissait toujours avec discernement, cette soifd’indépendance si funeste aux intérêts de l’islamisme; ilfit enfin comprendre à ses sujets la nécessité de l’unionla plus étroite et les rallia tous à sa politique par la sagessede son administration. Grenade, devenue sa capitale, offritun nouveau centre aux musulmans dispersés, et la prospé-rité du pays seconda merveilleusement les desseins de ceprince si remarquable. Les bienfaits de son gouvernementattirèrent dans ses États ceux qui ne voulaient point subirla domination des Espagnols. Les émigrés de Cordoue, deSéville avaient trouvé auprès de lui une hospitalité géné-reuse; leur nombre s’accrut encore lorsque le roi Jacquesentreprit, en 1249, de chasser des plaines de Valence toutela population musulmane.
On conçoit facilement quelle force immense apportèrentau royaume de Grenade ces milliers d’habitants si actifs etsi industrieux ; ils lui rendirent les éléments de richessesque les Arabes avaient répandus sur la surface entière dela péninsule; l’islamisme se relevant tout à coup brilla d’unéclat inattendu aux yeux de l’Espagne étonnée, et se main-tint encore au milieu des chrétiens pendant plus de deuxsiècles (1238-1492).
La galanterie des Grenadins est restée célèbre. On donnait,dans la capitale, des tournois et des joutes. Il y avait des com-bats de taureaux, des courses, des jeux de bague. Le peupleétait souvent convié par le souverain à des fêtes solen-nelles et à de grands banquets, et ce luxe n’était point lerésultat de l’oppression ; l’aisance était répandue dans toutesles classes par suite de l’habile direction imprimée aux tra-vaux de l’agriculture et de l’industrie. La Veja, cette plaineadmirablement fertile au milieu de laquelle Grenade est si-tuée, produisait alors le triple de ce qu’elle rapporte aujour-d’hui, et nourrissait une population considérable. La fabri-