DÉCADENCE ET EXPULSION DES ARABES D’ESPAGNE.319
juridiction, furent forcés de se soumettre à des règlementsrédigés avec la plus grande sagesse. Des dispositions d’unerare prudence furent appliquées à l’exercice du culte et àl’introduction des fidèles dans les mosquées ; elles révé-laient un profond sentiment religieux joint à des idéesd’une raison élevée et d’une haute moralité ; les femmesétaient séparées des hommes, et se retiraient les premières.Les fêtes du Ramadhan, au lieu d’être consacrées à des fo-lies carnavalesques, étaient l’occasion de bonnes œuvres etde pratiques sérieuses. Des aumônes étaient distribuées auxpauvres et aux orphelins, ou réservées à la constructiond’édifices publics. Les processions, qu’il était d’usage defaire dans les temps de sécheresse , pour implorer la pluiedu ciel, furent prohibées, ainsi que les réunions nocturnes.On supprima les pleureuses de profession dans les enterre-ments; il n’était permis que de prononcer des prières surla tombe des morts, qui y étaient descendus dépouillés desamulettes ou des guirlandes dont jusque-là on avait cou-tume de les couvrir.
Dans les lois pénales, la réclusion fut substituée auxpeines du fouet, du bannissement ou de l’exposition; la la-pidation fut abolie; les condamnés à mort durent être en-sevelis comme les autres musulmans.
On voit à quel titre le royaume de Grenade mérite uneplace honorable dans l’histoire; malheureusement, la loi desuccession n’était pas établie sur des bases solides, et à côtéde princes dignes de l’admiration de la postérité, il y eut desdespotes cruels et incapables qui précipitèrent la ruine desmusulmans. Nous allons indiquer rapidement la suite deces souverains. Mohammed I er Alhamar (1238-1273) etMohammed II (1273-1302), surent réprimer dans leursÉtats toute tentative de désordre; Mohammed III fut moinsheureux; après sept ans de règne (1302-1309), un de sesfrères, Nasar Aboul Giuz, parvint à soulever contre lui lapopulation de Grenade et se faire proclamer à sa place;quatre ans ne s’étaient pas écoulés (1309-1313) qu’il étaitforcé lui-même de céder la couronne à son neveu , Ismaëlben Farag, qui descendait, par sa mère, de Mohammed-