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COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
avantages qui leur sont propres pour ruiner la batellerie,dans la pensée d’exploiter plus tard avec usure le mono-pole qu’ils se seraient ainsi assuré, ou si, ce qui pourtantest difficile, des circonstances particulières s’oppo-saient à ce que la batellerie, que je suppose intelligente,pût les obliger à se contenter de prix modérés, on con-cevrait que, dans l’une et l’autre de ces hypothèses, legouvernement allât jusqu’à supprimer les droits de péa-ges sur les voies navigables ; mais hors de ces cas, cettesuppression serait un acte arbitraire, un sacrifice aumoins inutile des revenus publics. C’est avant tout deses propres efforts que la batellerie doit attendre sonsalut, et quand les compagnies ont accepté la concessiondes chemins de fer, c’était dans la supposition que l’Étatne leur ferait pas une guerre à outrance.
La lutte entre les canaux et les chemins de fer a ététrès-vive dans différents pays. En Angleterre, les com-pagnies de chemins de fer ont enlevé aux canaux unegrande partie de leurs transports et les ont forcés àabaisser leurs tarifs qui, à la vérité, étaient excessifs. Ona fini par se mettre d’accord de manière à partager leservice ; mais les chemins de fer en ont la meilleure part.En France, la lutte a été moins animée, parce que, l’ex-ploitation des canaux y laissant fort à désirer, la victoireétait plus facile aux compagnies de chemins de fer. Ils’en faut de beaucoup cependant que les canaux aientcomplètement perdu leur clientèle. C’est un point surlequel je donnerai, dans le courant de cette leçon même,quelques renseignements. En Amérique, la rivalité en-tre les canaux et les chemins de fer s’est présentée dansdes circonstances remarquables. Elle a éclaté particu-lièrement auprès de Philadelphie, dans la vallée duSchuylkill, où l’on s’est disputé le transport de l’anthra-cite qu’on extrait en immense quantité, aux sources de