SUR LES GRISONS.
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Les chaleurs nous ont enfin forcés à quitter le piedde nos montagnes, et nous sommes rentrés dans leursein : nous voici dans le fond des Alpes rhétiennes, aumilieu des chalets, des bergers et des troupeaux duVal-Bregaglia ; ayant pour toute compagnie des rocs etdes torrents, et n’en désirant point d’autre : car, selonmoi, l’homme n’a besoin de l’homme, à titre de com-pagnie, que lorsque la nature est muette pour lui ouqu’il est sourd pour elle ; ce qui n’est point ici le cas,et nous savons très-bien nous entendre.
J’ai fait l’autre jour un voyage aux glaciers de laBondasca, fameux dans ce pays, mais inconnus auxétrangers, quoique à bien des égards ils valent ceuxdu Grindelwald et de la Savoie ; sans doute leur tourviendra aussi, quand il plaira à la mode. Je n’ai pointregretté mes fatigues pour y arriver ; elles ont étérichement payées en sensations neuves, en admira-tion, en enthousiasme; je n’en ai pas dit, comme detant d’autres objets de la curiosité des hommes :
De loin c’est quelque chose, et de près ce n’est rien.
J’y ai vu une foule d’effets qui, non-seulement sontau-dessus du crayon du peintre et des chants du poète,mais dont on peut assurer en toute vérité que l’imagi-nation la plus vaste ne les embrasse qu’à peine, etqu’elle croit y voir moins des réalités que des prestigesfantastiques. Là, ce me semble, l’âme la plus vileprendrait de grandes idées ; le cœur le plus corrompuy rencontrerait des pensées de vertu, et l’athée leplus opiniâtre y verrait Dieu face à face. Non, je nepuis rien décrire... j’ai bien le sentiment dans la tête