Band 
Tome premier.
Seite
193
JPEG-Download
 

SUR LES GRISONS.

193

désolé et retardé dans mes diverses courses aux Alpes.La meilleure méthode à suivre avec eux, c’est de lespayer pour ne pas boire dans la journée et de leurdonner le soir le double de la ration promise. Je mepromenai dès le point du jour dans les environs deThusis : le village est grand, bien bâti, avantageuse-ment situé sur une colline d’où l’on domine le coursdu Rhin. Le fleuve est encore petit sous Thusis, maisbientôt il occupe un lit de près de demi-lieue de large ;et ce grand espace encombré de pierres et de gravierdéfigure la vallée, qui serait très-belle sans ce tristecoup-d’œil. J’aperçois le château de Fürstenau quel’empereur Henri IV donna, il y a bien des siècles,aux évêques de Coire, et une douzaine de vieillestours maintenant inaccessibles et des forteresses enter-rées sous leurs ruines, témoins encorp subsistants dela dure féodalité sous laquelle les habitants de ces val-lées gémirent depuis le onzième siècle au quinzième.Non loin des bords du Rhin , je passai devant Rhæ-züns, château sur un roc taillé à pic, qui appartientà la maison d’Autriche. On le disait dernièrementvendu avec toutes ses dépendances ; mais cela meparaît fort douteux : il a coûté trop de peine à conser-ver , il donne le droit de nommer tous les trois ans lechef de la Ligue Grise , et il procure une influencetrop marquée dans le gouvernement, pour que la po-litique du jour permette de s’en défaire ; Rhæziinspasse du reste pour être un des lieux les plus ancien-nement habités de toute cette partie des Alpes.

Reichenau , où j’arrivai bientôt après, présente