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LETTRE D’UN VOYAGE
non que je crusse y trouver Mélusine ou Urgande laDéconnue, avec leurs fontaines et leurs fuseaux, maispour m’assurer par moi-même si elle méritait sa ré-putation. L’accès en est pénible et même dangereuxpour ceux qui ne pratiquent l’art de marcher que dansla chambre ou dans la plaine : à travers des rocs etdes escarpements on suit le vestige presque effacé d’unsentier scabreux, qui, recouvert de hailiers épais,n’annonce pas la fréquence des visites dans ce lieu so-litaire : après bien des détours, on se trouve tout-à-coup sous un dôme immense, semblable au portailruineux de quelque palais abandonné. Bientôt l’arcadeabaissée ne laisse qu’un étroit défilé par lequel on nepeut passer qu’en se courbant : au-dessus de cette es-pèce de porte s’ouvre un trou presque rond, nommé lalanterne, qui semble destiné par la nature à prolongerquelques rayons d’un jour déjà mourant dans les pro-fondeurs qu’on va parcourir. Armés de flambeaux quin’éclaircissaient qu’autour de nous l’obscurité de cesconcavités sombres, nous en suivons d’un œil obser-vateur les sinuosités variées, ici, la voûte rapprochéedu sol laisse à peine un passage; là, s’élevant à unegrande hauteur, elle échappe à l’œil qui se perd dansles ténèbres : dans quelques endroits, encombrée pard’énormes blocs de mille formes bizarres, confusémentdétachés des rochers latéraux ou supérieurs, elle sem-ble nous opposer une barrière insurmontable : souventrecouverte d’une mince couche de concrétions cristal-lines, elle reflète autour de nous la lueur vacillante denos flambeaux, et brille d’un scintillement diverse-