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POESIES.
Du plus âpre climat désarmant la rigueur ,
Et forçant la nature à connaître un vainqueur;
Voilà, vous a-t-on dit, voilà le bel ouvrageD’un peuple qui pour lui n'avait que son courage ;
Voilà les heureux fruits de cette liberté,
Trésor par nos aïeux chèrement acheté,
Quand leur généreux sang rougissant celle terreDe l’aigle des Germains éteignit le tonnerre.»
Mais ce peuple chéri de Cérès et de Mars ,
Peut-être encor barbare, est ennemi des arts.
Prince, vous le savez, si dans notre contréeApollon est sans temple, et Minerve ignorée ;
Dans ces nobles cités, dont après cent détoursL’Aar, le Rhône et le Rhin baignent les hautes tours ,N’avez-vous donc pas vu les lauriers d’Uranie ,
Et les fleurs du Parnasse et les fruits du génie,
Par nos mains cultivés, couronner nos travaux,
Et de l’antique Grèce (f9) illustrer les rivaux?
Sans crainte j’en atteste un nouvel Hippocrate (20) ,
Un second Théocrite (21), un moderne Socrate (22j,Cent autres dont les noms fameux dans l’universN’ont pour être connus nul besoin de mes vers.
Si les muses sont sœurs, les beaux-arts sont tous frères...Il n’est point à nos monts de palmes étrangères ;
Les crayons, le ciseau , l’aiguille et le burinY font vivre la toile et le marbre et l’airain (23) ,
Ouvrage d’un guerrier , une magique tablePrésente en raccourci, par un art admirable,
Nos lacs et nos glaciers , nos monts et nos torrents ,
Leur forme, leur hauteur, leurs aspects différents, (24)Et vous-même avez vu parla force élastiqueDe ces ressorts puissants que meut la mécanique ,
Ainsi que Prométhée, un artiste immortelAnimer son ouvrage aux monts de Neuchâtel (2b),
De ces divers tableaux qu’un souvenir utileSe fixe dans votre âme encor pure et docile :
Surtout en traits profonds gravez-y pour toujoursD’un sage helvéticn l’accueil et les discours ;
Prince , rappelez-vous que la sainte bannièreDont un pape honora notre audace guerrière ,
Attira vos regards dans ce bourg si fameuxQui seul donna son nom à nos braves aïeux (26) :
Le vieillard dont le bras portait ce noble gage,